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Oyim ed oyikPage mise à jour le 26 novembre 2016 vers 06h50 TUC    


F} Annexes


Annexe I : petit guide

pour suivre l'itinéraire parcouru par le narrateur dans Newburyport de la gare à la bibliothèque municipale.
NB- on trouvera plus bas trois liens vers des pages du site Innsmouthmania offrant des précisions et des photographies des lieux à l'époque de Lovecraft.


1- cliquer sur le petit personnage jaune et le déplacer jusqu'à l'endroit marqué par la pointe rouge (ou au centre de la carte si la flèche n'apparaît pas) ;
2- quand on relâche le bouton de la sourirs, une vue de la rue remplace le plan ;
3- on peut voir une sorte de chemin perpendiculaire à la rue, protégé par un piquet empêchant le passage des voitures ; c'est l'ancienne ligne de chemin de fer (les rails ont été enlevés au milieu du siècle précédent).
NB- La gare se situait le long de ce chemin (voir cette page du site Innsmouthmania), juste au nord de Washington Street (qui avait, à l'époque, un passage à niveau) ; si la vue était plus dégagée vers le sud, on pourrait voir à l'arrière-plan le tunnel permettant à la voie de passer sous High Street ;
4- remonter Washington St vers l'est (dans le sens des numéros de rue descendants) ;
5- au bout de quelques centaines de mètres, on arrive sur Green St ;
6- continuer par Harris St (qui se trouve dans le prolongement de Washington St mais décalé d'une dizaine de mètres vers la droite) ;
7- au bout de Harris St, on arrive dans State Street ; tourner à gauche (vers le nord) ;
8- le bâtiment en brique, au coin de Harris et State St est une annexe de la bibilothèque, annexe construite à l'emplacement de l'ancienne auberge de jeunesse (la YMCA - voir la page du site Innsmouthmania) ;
9- descendre State St (vers le nord) jusqu'au premier carrefour (avec Prince Place et Temple St) ; la bibliothèque se trouve à l'angle de State St et Prince Pl (voir la page du site Innsmouthmania).
NB- aujourd'hui, la porte de la bibliothèque donnant sur State St est fermée, et l'entrée se fait par Prince Pl ; ce n'était sans doute pas le cas au début du XXème siècle.

Annexe II : Old Market Square

[Old] Market Square est une sorte de patte d'oie, intermédiaire entre un Y et un T ;

NB- la place comprend une quarantaine de numéros de maisons, commençant et finissant dans le prolongement de Merrimac St, dans le sens des aiguilles d'une montre.

Pour avoir une idée de ce qu'est aujourd'hui Market Square :



1- cliquer sur le petit personnage jaune et le déplacer jusqu'à la pointe du marqueur rouge ;

2- quand on relâche le bouton de la sourirs, une vue de la rue remplace le plan ;

3- on se trouve alors face à Old Market Square ; il est possible d'avancer puis d'obliquer à gauche sur Merrimac St ou à droite sur Water St, ou bien de se retourner vers State St.

Mais à l'époque de Lovecraft, la place méritait un peu mieux son nom ; comme le montre le schéma ci-dessous,

  1. il n'y avait pas de haricots pour canaliser le trafic ;
  2. le terre-plein bordé par State St et Merrimac St n'existait pas ;
  3. State St n'était pas en sens unique (nord-sud).

On peut donc noter au passage que le demi-tour effectué par l'autocar serait aujourd'hui doublemement impossible. Pour le reste, ce trajet semble ne pas prêter à discussion. On a alors trois endroits où l'autocar pourrait s'arrêter (et, par conséquent, le narrateur se tenir) :


305259-vieuxmarch-trajet
M = Merrimac St
S = State St
W = Water St
—— = trajet de l'autocar
—— = zones d'arrêt envisageables

1) On peut assez rapidement éliminer (B) : d'une part, le véhicule bloquerait une bonne partie de la circulation sur la place ; de l'autre, le narrateur observe, quelques minutes avant l'arrivée prévue du car, un recul général des flâneurs qui remontaient la rue ou traversaient la place jusqu'au restaurant Ideal Lunch. Si l'autocar s'arrêtait en (B), les flâneurs n'auraient aucune raison de remonter State St, puisque tout se passerait sur le trottoir opposé de Merrimac et Water St.
2) Le choix est plus délicat entre (A) et (C). Le texte fournit trois indications :
a} la première vient de l'employé de la gare, et est plutôt succincte :
Leaves the square - front of Hammond's Drug Store - at 10 a.m. and 7 p.m.
Ce que J. Papy et S. Lamblin traduisent par
Il quitte la grand-place – en face de la pharmacie Hammond – à dix heures du matin et à sept heures du soir.

Bien sûr, il n'y a aucune trace de pharmacie Hammond à Market Square (ni ailleurs dans Newburyport), et aujourd'hui, la pharmacie la plus proche est beaucoup plus loin vers l'ouest, dans Merrimac St. Mais certains documents municipaux gardent le souvenir d'une pharmacie un peu au sud de (A)

b} Les deux autres précisions viennent du narrateur lui-même ; la première des deux reprend la formulation de l'employé puis énonce l'observation sur les flâneurs qui s'écartent ; la dernière est la plus intéressante :
In a few moments a small motor-coach of extreme decrepitude and dirty grey colour rattled down State Street, made a turn, and drew up at the curb beside me.
traduit par
Peu après, un petit car gris sale, extrêmement délabré, dévala State Street à grand bruit, prit le tournant et s'arrêta près de moi au bord du trottoir.

L'essentiel du problème tient dans les trois mots made a turn (prit le tournant ). Cette expression paraît difficilement compatible avec un arrêt en (A) ; il faudrait en effet que le narrateur attende à l'extrême nord de (A), pour que l'autocar puisse avoir entamé son virage vers la droite (avant de faire le tour du rond-point par la gauche) ; mais alors, ce même narrateur ne pourrait pas voir ce qui se passe dans State St (la remontée des flâneurs, l'arrivée du car puis les trois voyageurs d'Innsmouth).

Un point partout, donc... On pourrait bien essayer de concilier les deux en considérant que front of (en face de ) désigne en fait le trottoir d'en face - autrement dit, que la pharmacie est en (A) alors que l'autocar s'arrête en (C) ; mais il serait surprenant que l'employé n'ait pas précisé ce détail au narrateur, ou que celui-ci n'en ait pas parlé - d'autant plus que le conducteur du car profite de l'arrêt pour aller faire des achats à la pharmacie, et que rien n'indique qu'il ait dû traverser deux fois State St.

Dans cette incertitude, le choix a été guidé par la technique ; du point-de-vue de MSTS, le choix de (C) présente deux avantages :

  1. une astuce permet de voir le narrateur sur le trottoir quand on suit le car descendant State St, puis de ne plus le voir après le demi-tour quand on revient dans State St ;
  2. la gestion des trafics routiers (les voitures qui circulent sur la place, et doivent s'arrêter pour laisser passer le car) est plus réaliste si l'autocar s'arrête après son demi-tour plutôt qu'avant.

Annexe III : c'est où, Innsmouth ?

Pour qui voudra juger sur pièces, voici d'abord quatre liens :

  1. une page du site Innsmouthmania rassemblant diverses cartes d'Innsmouth et du pays de Lovecraft ;
  2. sur le même site, la traduction en français d'un article de Daniel Harms (auquel il sera renvoyé ci-dessous), comprenant de nombreuses citations de Lovecraft et d'autres intervenants ;
  3. une étude de Joseph Morales (en anglais) sur la même question (J. Morales est l'auteur de l'une des cartes d'Innsmouth les plus fidèles au texte de Lovecraft) ;
  4. un texte de Tani Jantsang (en anglais, intitulé Trip to Innsmouth ) où celui-ci retrace (photos à l'appui) le voyage qu'il a entrepris pour essayer de retrouver les traces de l'autobus de Joe Sargent.

La littérature française connaît aussi des villes images/imaginaires : Plassans chez Zola, Combray chez Proust, Bouville chez Sartre ; mais la localisation de ces villes ne fait pas problème lors de la lecture du texte où elles sont mentionnées : si l'on admet que Bouville s'inspire du Havre, on peut lire La Nausée en remplaçant Bouville par Le Havre ou à l'inverse imaginer Bouville à la place du Havre, sans que cela intervienne dans la logique du roman. Du point-de-vue qui nous occupe ici, la particularité du Cauchemar d'Innsmouth est de rendre inadéquate toute clé de lecture de ce type (et les discussions sur sa localisation en sont bien l'illustration).

En effet, dans une lettre à Fritz Leiber du 9 Novembre 1936 (citée par D. Harms), Lovecraft écrit ce qui peut se traduire par
Grosso modo, "innsmouth" (une exagération de la pittoresque et décatie Newburyport) est censé être sur la côte marécageuse un peu au sud de la vraie Newburyport.

Autrement dit, Innsmouth est Newburyport (Lovecraft le répète à plusieurs de ses correspondants) sans être à Newburyport. Cette apparente aporie (on en trouvera une autre plus loin) a dérouté certains commentateurs, par exemple Will Murray qui écrit ("in search of arkham country", Lovecraft Studies, n°13, p. 55 - cité également par D. Harms) :
Si Innsmouth était vraiment et simplement un Newburyport déguisé, alors le narrateur de cette histoire ne pouvait pas monter dans un autobus à Newburyport se rendre au sud à Innsmouth.

Il faut donc distinguer et traiter (merci, Descartes) deux questions différentes, comme le fait l'auteur du site Innsmouthmania dans le titre de sa page :
Où se trouve Innsmouth et quelle ville inspira sa création ?

On suivra ici son exemple, en inversant seulement l'ordre des deux quesions :

1) quelle ville a inspiré Lovecraft ?

La réponse semble claire ; comme on l'a déjà vu, plusieurs lettres de Lovecraft répètent que Newburyport est le modèle principal d'Innsmouth. Un seul autre exemple :
"innsmouth" est une version considérablement tordue de Newburyport, MA
(lettre à Emil Petaja en date du 29 Décembre 1934)

Enfonçons deux portes ouvertes - mais auxquelles certains intervenants paraissent s'être heurtés :
a} Innsmouth n'est pas un clone de Newburyport ; il suffit de regarder une carte pour constater que
›› Newburyport est une ville toute en longueur (10 km d'est en ouest, de 2 à 4 km du nord au sud), bordée au nord par un fleuve navigable (le Merrimac et ses ports) ;
›› Innsmouth est une ville carrée (avec quelques arrondis), à cheval sur un fleuve coupé par des chutes vertigineuses (le Manuxet).

Il est donc évident que Lovecraft n'a pas fait d'Innsmouth une copie de Newburyport mais un peu le genre d'image que renvoie un miroir déformant. Il y a d'ailleurs un fait intéressant à observer : si le narrateur marche beaucoup dans Newburyport en ce 14 juillet, ses déplacements (tels qu'il les décrit ou les raconte) se font dans un périmètre restreint : la gare de Washington St au sud-ouest, Old Market Square au nord-est ; or ce dernier lieu n'est qu'à quelques pâtés de maisons du Merrimac et des quais - lieu d'attraction naturelle pour un jeune homme curieux de tout comme lui - mais dont il n'est pas question dans le premier chapitre ; on peut raisonnablement penser que l'auteur a volontairement tenu son personnage à l'écart de plusieurs lieux réels de Newburyport pour pouvoir mieux les replacer (exagérés ou considérablement tordus ) dans ses descriptions d'Innsmouth.

b} si Innsmouth n'est pas tout Newburyport, ce n'est pas non plus seulement Newburyport. Au cours de son Voyage à Innsmouth, Tani Jantsang a noté une forte ressemblance entre un îlot au large de Rockport et les descriptions du Récif du Diable ; et l'on peut observer que Gloucester est construit de part et d'autre d'un fleuve, à son embouchure ; il est somme toute banal que Lovecraft ait utilisé des souvenirs de lieux autres que Newburyport pour enrichir le décor de la cité ; mais il semble hasardeux de conclure de telle ou telle ressemblance qu'Innsmouth est cet endroit.
Conclusion 1 :
on peut considérer qu'Innsmouth reprend (plus ou moins déformés) nombre d'éléments significatifs de Newburyport (notamment ses quais et certains bâtiments), avec des apports provenant de souvenirs d'autres lieux.
2) Où placer Innsmouth ?

Autrement dit,

Là encore, le problème peut paraître simple, puisque la lettre à Fritz Leiber (déjà citée) place Innsmouth
[...] sur la côte marécageuse un peu au sud de la vraie Newburyport. Il suffit donc de trouver le point I de cette côte entre (la latitude de) Rowley et (la longitude de) Manchester. Afin de ne pas allonger inconsidérément cette page, on se limitera aux deux localisations les plus communément défendues :

  1. la thèse méridionale : Gloucester ou Rockport ;
    NB- dans ce qui suit, ce que est dit de Gloucester vaut autant (parfois plus) pour Rockport ; on se limitera donc le plus souvent à la première localité ;
  2. la thèse septentrionale : Ipswich.
    NB- bien sûr, il ne s'agit pas de l'agglomération (qui se trouve à plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres et où passe la voie ferrée desservant Newburyport) mais d'un morceau de la côte situé sur la commune - soit au nord-est de la ville (la région de Clark Pond) soit à l'embouchure de la rivière d'Ipswich (près de l'endroit où A. Derleth placera Falcon Point ).
Alors, Ipswich ou Gloucester ?
localiser
Pour mieux cerner la question, voici à nouveau un extrait de la carte de Hoodinski, mais sans Innsmouth ni les voies de communication qui s'y rattachent

‹‹‹







Le problème débouche sur une (nouvelle) aporie : il est clair que certains passages de la nouvelle interdisent de placer Innsmouth dans la région de Gloucester (Ipswich seul étant alors compatible) alors que d'autres interdisent de placer Innsmouth dans la région d'Ipswich (seuls restant compatibles Gloucester ou Rockport). En effet...
1) Placer Innsmouth à Gloucester crée des incohérences :
Conclusion 2a :

Innsmouth ne peut pas être située à Gloucester ou Rockport.

2) Placer Innsmouth à Ipswich crée des incohérences...
essentiellement dans le récit du voyage en autocar (p. 416) :
  • Enfin nous perdîmes de vue Plum Island et sur notre gauche apparut l'immense étendue de l'océan Atlantique.
    L'extrémité sud de Plum Island se trouve à la latitude de l'agglomération d'Ipswich (donc au sud de Clark Pond et en face de l'embouchure de la rivière d'Ipswich, que l'autocar n'a pu dépasser qu'en allant plus loin vers le sud).
  • Notre route étroite se mit à monter en pente raide, et j'éprouvai un étrange malaise en regardant devant moi la crête solitaire où le chemin creusé d'ornières rencontrait le ciel.
    Il n'y a évidemment aucun crête de ce genre entre Rowley et Ipswich (seulement un terrain plat quasiment au niveau de la mer).
    NB- T. Jantsang mentionne un tel accident de terrain entre Gloucester et Rockport.
  • Arrivés au sommet, nous vîmes la vallée qui se déployait de l'autre côté, à l'endroit où le Manuxet rejoignait la mer au nord de la longue ligne de falaises qui culmine à Kingsport Head, puis oblique en direction de Cape Ann.
    Il n'y a pas non plus de falaises sur la côte d'Ipswich, ni sur celle d'Essex, plus au sud. Quant aux deux lieux cités, Cape Ann (réel) est la partie du comté regroupant Essex, Rockport, Gloucester et Manchester, alors que Kingsport (imaginaire) se situe au-delà de Manchester ; rappelons que Gloucester, Manchester et Kingsport se trouvent sur une côte orientée sud-ouest/nord-est, à une trentaine de kilomètres d'Ipswich.
Conclusion 2b :

Innsmouth ne peut pas être située à dans la région d'Ipswich.

 
Pour résumer,
››› à la page 410, tout se passe comme si Lovecraft avait la région d'Ipswich en tête ;
››› à la page 416, tout se passe comme si Lovecraft avait la région de Gloucester-Rockport en tête.
Conclusion 2a+2b :
mais puisque cette dualité n'a visiblement perturbé ni l'auteur ni son héros, pourquoi le lecteur devrait-il se faire plus cartésien qu'eux ? Nous admettrons donc qu'Innsmouth peut se situer tantôt du côté d'Ipswich, tantôt du côté de Gloucester - selon les besoins du récit.

Ultime paradoxe de l'affaire : pour démêler l'écheveau initial de la localisation d'Innsmouth, nous avons dû séparer Innsmouth, c'est quoi ? de Innsmouth, c'est où ? ; mais ç'aura été pour constater à l'arrivée que, pour Lovecraft, les deux questions obtenaient le même type de réponse : si la ville est tantôt ceci tantôt cela, elle est aussi tantôt ici, tantôt là.

Malheureusement, ce don d'ubiquité donné à l'écrivain et à son texte ne peut pas être partagé par qui dresse une carte ou crée une ligne dans MSTS ; celle ou celui-là n'a pas d'autre choix que de choisir. J'ai donc opté pour Ipswich et la zone de Clark Pond, à la fois par conviction (elle m'est apparue comme la dernière pièce d'un puzzle) et par économie (Newburyport ›› Innsmouth ›› Rowley, c'est une vingtaine de kilomètres dans un cas, le triple dans l'autre - kilomètres à décorer (pour le créateur) et à parcourir (en grande partie à pied, pour le joueur).

(1) L'expression le B. & M. n'y passe jamais   peut paraître un peu étrange ; le texte original est
B. and M. never went through
Autrement dit, le B. & M. n'y est jamais passé  (ou, si l'on veut, le B. & M. n'y passe pas ) - ce qui semble plus clair.
NB- B&M désigne la compagnie Boston and Maine, dont les successeurs exploitent aujourd'hui encore la ligne reliant Boston à Newburyport (avec une branche vers Rockport) en passant par Salem, Ipswich et Rowley. À la fin du XIXème siècle et au début du suivant, elle exploitait une ligne différente, dont le terminus à Newburyport se situait dans une gare au centre de la ville (près de Pond St), tandis que la ligne venant de Rowley (et continuant jusque dans le New Hampshire) appartenait à l'Eastern [and Maine] R.R (mais un plan de 1909 attribue les deux lignes à la B&M ). Par la suite, les deux lignes seront abandonnées, avant la remise en service, au milieu du XXème siècle, de la portion Boston-Beverly-sud de Newburyport.

Annexe IV : plans et cartes d'Innsmouth

Le plan de la ville semble avoir été l'objet de moins de discussions que son origine ou sa localisation. Il n'en contient pas moins divers points dignes d'intérêt. On trouvera dans cette page du site Innsmouthmania l'essentiel des plans et cartes de la ville. Avec l'auteur du site, on peut tenir le plan de Joseph Morales pour le plus proche du texte de Lovecraft ; c'est donc autour de lui et des différences de certains autres avec lui que s'articule cette annexe.
NB- par simple commodité de langage, on parlera ici de plan pour le document de Morales, de cartes pour les autres.

  1. La différence la plus visible tient au port. Plusieurs cartes le placent dans une sorte d'anse située au nord du Manuxet et débouchant sur le fleuve.

    Cette localisation donne à la ville un aspect caractéristique, et fait correspondre la baie avec Clark Pond, près d'Ipswich ; malheureusement, elle contredit le texte de Lovecraft, qui le situe sur la côte au sud du Manuxet (la côte nord se prolongeant par une sorte de lagune qui dévie le cours du fleuve vers le sud).

  2. Une seconde différence est plus diffuse, plus subjective aussi : avec ses rues rectilignes figurées par un simple trait noir sur fond blanc et ses carrefours à angles droits (seules Eliot Street et Rowley Road se permettent du 45 degrés ), le plan évoque plus Manhattan que la sombre Innsmouth ; de ce point-de-vue, la carte d'ensemble et les trois agrandissements dessinés par Henning Ludvigsen (et reproduits par DeviantArt) semblent beaucoup plus évocateurs ; à cela s'ajoute le fait que cette carte, comme plusieurs autres, donne de la ville une image plus ou moins circulaire, en tous cas fermée ; le plan de Morales laisse penser que toutes les voies se prolongent indéfiniment vers le nord, le sud et l'ouest.
  3. Plusieurs cartes ajoutent diverses voies
    ›› est-ouest au sud de Babson St et au nord de Martin/Church St,
    ›› nord-sud à l'ouest d'Adam St ;
    le plan de Morales en retient une au nord et une à l'ouest, mais sans les nommer ; or les cartes en question leur donnent à chacune un nom, neuf en tout ; quatre noms (Hawks, Hancock, Hammett, Clifford ) n'apparaissent nulle part dans le texte de Lovecraft ; quatre sont le nom de famille d'un personnage  (Tilton, la directrice de la Société Historique de Newburyport ; Garrison, Pierce et Southwick, trois jeunes hommes que Zadok accuse Marsh d'avoir sacrifiés aux divinités marines) et le dernier (Phillips ) est le second prénom de Lovecraft.
  4. Les ponts : le texte mentionne six ponts sur le Manuxet ; d'ouest en est,
    1. le pont couvert de la voie ferrée vers Rowley,
    2. le pont (en mauvais état) de Washington St,
    3. celui de Federal St - le plus large,
    4. celui de Main St,
    5. celui de Fish St, effondré et impraticable,
    6. celui de Water St.

    Très logiquement, ce sont ceux que le narrateur emprunte (à l'exception évidente de Fish St). Qu'en est-il des autres voies nord-sud ? Le plan de Morales indique un pont pour chacune - soit dix ponts en tout ; on peut penser que c'est beaucoup pour une petite ville ; les autres cartes en contiennent de quatre à huit. Mais on ne peut guère procéder que par « la logique voudrait que... ». Ainsi, trois voies successives (et relativement proches - Main St, Fish St et Water St) ont chacune son pont ; de plus, les rues conservent leur nom au nord et au sud du fleuve ; cela va dans le sens d'un pont par rue. À l'inverse, un pont entre ceux de Federal St et Main St, ou trois ponts pour Washington, Lafayette et Adam Street, cela paraît confiner au gaspillage.

    Par souci d'économie, Dagon s'en tient donc aux six ponts du texte.

  5. Toutes les cartes mentionnant le nom des rues font passer Church Street à New Church Green, reliant entre elles les quatre églises de la rive gauche, et appellent Martin St la rue parallèle située un peu plus au nord ; cela correspond d'ailleurs au récit du narrateur qui veut éviter de repasser par le sinistre carrefour :
    Je suivis donc Main Street en direction du nord jusqu'à Martin Street.
    Peut-être par erreur de copier-coller, le plan de Morales place Martin St au sud, et Church St au nord.

    Il reste trois points sur lesquels Dagon écarté aussi du plan de Joseph Morales :
  6. la gare

    Morales la place au sud de Bank St, la voie ferrée croisant la rue juste après ; mais le croquis dessiné par Lovecraft la situe entre Bank St et le fleuve ;

  7. la route de Rowley ; c'est sans doute la principale discordance. Dans son plan, Joseph Morales fait partir cette voie de Old Square (devant l'usine Marsh) en diagonale vers le nord-ouest, traversant Church St et Martin St ; or cette disposition va à l'encontre
    ›› du croquis de Lovecraft qui fait de Rowley Rd le prolongment de Dock St, voie est-ouest située juste au nord de River St ; Dock St (dont il n'est question nulle part dans le texte) n'apparaît pas sur le plan ;
    ›› du récit du narrateur qui, dans sa fuite sur la voie ferrée, longe la route de Rowley peu de temps après avoir traversé River St.
  8. Pour les besoins de la cause, il a fallu ajouter deux rues - qui n'existent ni sur le plan ni sur aucune carte :
    ›› une diagonale reliant Water St à Main St, au nord du Manuxet (pour raccourcir le chemin parcouru par le narrateur),
    ›› une rue entre Washington St et la grand-place ; dans le texte, le narrateur, après avoir traversé Paine St, va jusqu'à Eliot St pour acheter de l'alcool, avant de repartir vers le nord et la grand-place ; là encore, le crochet (jusqu'à South Street !) aurait beaucoup rallongé le trajet.

Étrangement (mais ceci explique peut-être la remarque initiale de cette annexe), si Lovecarft joue avec le fantastique pour la localisation d'Innsmouth, les déambulations du narrateur dans la ville semblent obéir à une logique sans faille. Seules quelques échappées sur la mer peuvent surprendre ; par exemple, quand le narrateur sort de l'hôtel Gilman : J'apercevais vers l'est le bleu du port – alors qu'il a en face de lui les magasins de la place avec, derrière eux, Fall St, Main St, Fish St, Water St plus les terrains vagues dans lesquels il écoutera Zadok - avant d'arriver enfin aux quais du port.


Annexe V : l'approche d'Innsmouth

Cette (assez brève) annexe est consacrée à l'approche d'Innsmouth (pages 417 et 418 de l'édition Bouquins ), depuis le moment où le narrateur, arrivé au sommet de la montagne, découvre la vallée et l'embouchure du Manuxet, jusqu'à ce qu'il atteigne New Church Green.

annexev-1 
Il est clair que cette approche est composée de deux parties, dont on peut faire ainsi le plan (au sens littéraire aussi bien que topographique du terme) :
A) le panorama
Nous vîmes la vallée qui se déployait de l'autre côté, à l'endroit où le Manuxet rejoignait la mer.

Même si l'autobus avance sur son chemin pentu, le mouvement de la description est celui du regard du narrateur, qui peut se décomposer ainsi :
(1) le regard se porte à l'horizon brumeux ;
(2) il revient sur Innsmouth et, notamment, les clochers (ceux de Church Street, certainement) ;
(3) il se porte vers l'ouest jusqu'à la ligne de chemin de fer abandonnée ;
(4) il balaie à nouveau Innsmouth d'ouest en est, pour aller jusqu'au récif du Diable.

B) le suivi
Bientôt nous passâmes devant des fermes désertes plus ou moins en ruine.

Le principe de la description (5) est totalement différent de ce qui précède : ici, le narrateur détaille ce qui se présente à ses yeux au fur et à mesure que le car progresse (d'abord des fermes, puis des maisons éparses, ensuite par blocs, précédant des ruelles non pavées et, enfin, quelques rues pavées garnies de trottoirs).

Cette organisation permet à Lovecraft de donner deux descriptions successives de la ville, d'un œil unique (celui du narrateur) mais sous deux angles (théoriquement) différents. Pourtant, une lecture plus critique (toujours au sens littéraire du mot, bien sûr), ou bien la nécessité d'adapter ces deux pages dans MSTS, font apparaître des éléments étranges :
a) la remarque est sans doute mesquine, mais il faut rappeler que le narrateur, fuyant le conducteur, est allé s'asseoir loin derrière lui, bien que du même côté ; comme l'autobus de Joe Sargent n'a rien d'un autocar panoramique, on peut s'interroger sur ce que le narrateur peut en pratique voir du paysage devant lui.


Dans l'adaptation (où les vitres ont été élargies au maximum), on obtient ceci

Il faut passer en vue extérieure pour obtenir une copie d'écran qui se rapproche du texte.


›››
annexev-2
b) on ne peut qu'admirer l'acuité visuelle du narrateur, qui remarque des casiers à homards éparpillés sur la jetée au-delà du Manuxet (soit à plus d'un kilomètre). Cette précision de la vue première conduit d'ailleurs à une sorte d'écrasement des deux descriptions, puisque la seconde (quand le narrateur descend Federal Street) n'apporte guère de plus que la première (les deux font état des toits effondrés, les deux signalent la disparition des horloges dans les clochers).
c) si chacune de deux descriptions se tient, la succession des deux ne va pas sans quelques grincements. En effet, pour pouvoir distinguer autant de détails depuis le haut de la montagne (même s'il ne s'agit que d'une colline, et même avec un regard acéré), il faut que le narrateur se trouve tout près de la ville, ce qui suppose
  1. que l'espace entre la montagne (le chemin en pente) et le bord de la ville soit réduit au minimum,
  2. que la pente du chemin soit très prononcée.

Dans ces conditions, il n'y a plus guère de place pour la deuxième description (surtout en temps réel : sa lecture demande environs une minute et demie, soit un kilomètre pour un véhicule roulant à 40 km/h). Ou alors il faut placer ces bâtiments sur le flanc même de la montagne, ce qui ne va pas avec l'observation
je vis des individus [...] chercher des clams sur la plage qui empestait le poisson


Si l'on veut intégrer cette seconde description, il faut un terrain de ce genre



›››
annexev-3

Mais alors, la vue première sur Innsmouth perd toute pertinence


›››
annexev-4

En fait, on a l'impression que Lovecraft utilise dans ces deux pages le même procédé que pour la localisation d'Innsmouth (du côté de Rowley et Ipswich quand ça l'arrange, entre Rockport et Gloucester s'il le faut) : le col est tout près d'Innsmouth à la page 417, et recule d'un ou deux kilomètres pour la page 418. Magie de la littérature.

Mais aussi juste retour des choses pour celui qui a été la plume de Harry Houdini...


Annexe VI : un peu de généalogie...

Si vous n'avez pas encore lu Le Cauchemar d'Innsmouth (à tout péché miséricorde !) et que vous souhaitiez conserver intacte la découverte des dernières pages, mieux vaut différer la lecture de cette annexe, mais si ce n'est pas le cas, voici quelques précisions.

Ce que nous savons en la matière provient de deux sources :
a) bien sûr, le texte de la nouvelle ; en effet, l'agent de la gare, le garçon de l'épicerie puis Zadok Allen et enfin le narrateur lui-même donnent (directement ou indirectement) diverses informations sur sa famille ;
b) mais on peut aussi trouver, dans les pages 1029 à 1042 de l'édition Bouquins, traduits par Philippe Gindre, divers écrits de Lovecraft ayant servi à la préparation de la nouvelle ; figurent notamment aux pages 1033 et 1034 des notes sur certains personnages, et même une esquisse d'arbre généalogique (1).

Comme on pouvait s'y attendre, ces notes posent autant de questions qu'elles en résolvent.
›› D'abord du fait de leur caractère même de brouillons sujets aux inexactitudes ; ainsi, le capitaine est donné comme né en 1790 à la page 1033, mais en 1798 à la page 1034 ; Alice Marsh, née en 1847 du second mariage d'Obed (avec Pth'thya-l'yi) est présentée comme Fille du fils du capitaine Marsh.

Parfois, il est difficile de déterminer s'il s'agit d'une erreur due au manque d'attention ou bien d'une présentation dont on aurait manqué la logique : dans l'esquisse d'arbre généalogique, il semble qu'Onésiphore (Onesiphorous dans le texte), fils aîné d'Obed (et père de Barnabas, le vieux Marsh de la nouvelle) ait un fils nommé Dagon Marsh, dont le nom est précédé de la mention  b. 18. Difficulté d'interprétation d'autant plus grande qu'il n'a pas été possible de trouver le texte original de ces notes (on peut se demander, par exemple, si le b. figure dans le manuscrit, et pourrait alors être l'initiale de born ou buried ou si c'est la traduction d'une autre initiale, - mais laquelle ?).

Un cas particulièrement étrange est celui d'Alice Marsh. Dans la nouvelle, il est précisé
[…] après sa mort prématurée, qui survint à la naissance de ma grand-mère, son unique enfant.

Alice Marsh (devenue Mme Orne) n'a donc qu'un enfant : sa fille Eliza, grand-mère maternelle du narrateur, née en 1867 selon la nouvelle ; cette situation correspond à ce que l'on trouve dans certains passages des notes, comme à la page 1034 :
Grand-mère - fille unique // d'Alice Marsh - Eliza Orne // 1864-1914 // disparue

Mais à la page précédente, outre que les dates sont 1869-1919, après Grand-mère. Fille unique, on trouve :
(John Marsh Orne, né en 1870 […] Charles Peckman Orne, né en 1873[…] Rebecca Orne, née en 1875 […])
Faut-il comprendre que ce sont les enfants d'un remariage de Benjamin Orne (prénommé Joshua dans les notes) après la mort d'Alice en 1867 (ou 1864 ou 1869) ? Mais ce remariage n'est mentionné nulle part (contrairement à ceux d'Obed Marsh puis de James Williamson) ; de plus, pour chacun des trois autres enfants Orne, les notes précisent mort par suicide,[…] disparu,[…] deux enfants étranges - toutes anomalies n'ayant pas de sens si ce sont les enfants de deux humains banals.

›› Ensuite parce que Lovecraft a parfois visiblement changé d'avis entre les notes et le texte définitif. Par exemple, le narrateur a deux oncles maternels, Douglas et Walter ;
(la ville en question se trouve dans l'Ohio, au sud de Cleveland).

Pour éviter toute contradiction, le tableau ci-dessous suit donc les indications de la nouvelle, en les complétant par les notes quand celles-ci n'entrent pas en conflit avec le texte imprimé.

La disposition de cet arbre n'est pas la plus habituelle :
a) le temps est à l'horizontale, chaque colonne du tableau représentant une génération ;
b) il se lit de gauche à droite.


g-n-alogie

En complément de ce tableau, voici une carte du nord-est des Etats-Unis (2) - équivalent géographique de l'arbre chronologique ; en effet, c'est par les femmes que le narrateur se rattache au capitaine, d'où un changement de nom de famille et de lieu de résidence à chaque génération :


carte

On ne peut que remarquer l'équilibre entre les deux premiers lieux (imaginaires, dans le Massachusetts) et les deux derniers (réels, dans l'Ohio), et le schéma global qui enserre ces quatre femmes entre les deux héros que sont Obed Marsh et le narrateur.


(1) La nouvelle ne mentionne à aucun moment le nom de famille ou le prénom du narrateur (seuls sont donnés les patronymes de ses grands-parents maternels : Williamson et Orne ) ; c'est uniquement dans les notes qu'apparaît la mention      Robert (Martin) Olmstead - Akron 1906-?
NB1- C'est cette mention qui a inspiré au créateur du site Innsmouthmania son identité.
NB2- La nouvelle elle-même ne parle pas d'Akron (situé au sud de Cleveland), plaçant le domicile familial du narrateur à Toledo (toujours dans le nord de l'Ohio, mais plus à l'ouest). Les deux autres lieux cités dans les dernières pages sont proches de Toledo (Maumee) et de Cleveland (Oberlin).
(2) Le fond de carte utilisé a été mis à la disposition des utilisateurs de Wikipedia par Gigillo83 ; on peut trouver l'original et les conditions d'usage à cette adresse.

Annexe VII : à propos de l'hôtel Gilman et de la chambre 428

A- L'hôtel

Les Gilman sont initialement l'une des familles les plus puissantes d'Innsmouth, partageant le commerce maritime avec les Marsh et disposant, en plus, du principal (et sans doute unique) hôtel de la ville. Mais l'alliance d'Obed Marsh avec les Canaques et les Choses des Profondeurs coïncide avec leur déclin : perte de leur flotte et décrépitude de l'hôtel.

Ce bâtiment est situé sur le bord ouest de la Grand-Place (Town Square ), au coin de Paine Street - comme l'indique le schéma ci-dessous :

gilman

On peut trouver à cette adresse des illustrations de bâtiments virtuels en 3d créés par Meshbox pour représenter Innsmouth, et notamment cet hôtel.

Bien sûr, on a un peu de mal à imaginer les couloirs poussiéreux et la peinture écaillée, mais l'édifice en impose.


Deux remarques cependant, par rapport au texte (en dehors du nombre d'étages, dont il sera question plus bas) :

a) la chambre du narrateur, aussi bien que celle par laquelle il fuit l'hôtel, comporte deux fenêtres ; vu le nombre de chambres dont il est question dans cette fuite, il doit y avoir au moins dix fenêtres par étage, au moins à l'arrière ;
b) les auteurs de l'édifice ont orné l'avant de l'hôtel d'une avancée surmontée d'une balustrade ; est-ce pour figurer le belvédère dont il est question durant la fuite nocturne ? mais ce belvédère (comme celui de la maison des parents de Zadok Allen) ne peut se trouver qu'au sommet du bâtiment, son toit plat servant de terrasse, éventuellement rehaussé d'une plate-forme.
B- La chambre 428

Ce qui est sûr : elle est située à l'arrière de l'hôtel, ses deux fenêtres s'ouvrent vers l'ouest ; elle est à peu près en milieu de façade (voir le schéma ci-dessus) ; dans sa fuite, le narrateur passe dans une première chambre puis une seconde, dont il doit fermer la porte de communication avec une troisième ; ce qui suppose quatre chambres contiguës du centre au nord ; il n'est pas impossible qu'il y en ait une de moins vers le sud - mais c'est donc au moins six chambres d'affilée.

Ce qui l'est moins : à quel étage ?
Comme souvent, les choses semblent limpides au départ, quand le narrateur déclare
I […] followed that sour, solitary attendant up three creaking flights of stairs
ce que J. Papy et S. Lamblin traduisent par
je […] suivis ce serviteur revêche et solitaire pour monter trois étages de marches grinçantes

Puisque nous étions au rez-de-chaussée, monter trois étages fait aboutir à ce que nous appelons communément le troisième étage. Mais, quelques pages plus loin, le narrateur, envisageant de s'enfuir, se penche par la fenêtre de sa chambre et dit :
I saw that my windows commanded only a sheer three story drop to the cobbled courtyard. On the right and left, however, some ancient brick business blocks abutted on the hotel; their slant roofs coming up to a reasonable jumping distance from my fourth-story level.
ce qui est traduit par
Je découvris que mes fenêtres ne donnaient que sur un à-pic de trois étages jusqu'à la cour pavée. À droite et à gauche cependant d'anciens bâtiments industriels en brique étaient contigus à l'hôtel ; leurs toits en pente montaient à une distance raisonnable qui permettait d'y sauter de mon quatrième étage.
(c'est moi qui ai souligné les deux expressions dans chaque version)

Si la première expression soulignée confirme la situation initiale, la seconde est plus ambiguë ; en effet, on sait que fourth floor désigne habituellement, aux Etats-Unis, notre troisième étage (le rez-de-chaussée étant appelé first floor ou ground floor ) ; mais ici, Lovecraft utilise le terme anglais (de Grande-Bretagne, où le compte se fait comme ailleurs en Europe) : story, et il serait surprenant que les traducteurs aient laissé passer cette inexactitude. À cela s'ajoute un croquis de la main de l'auteur (reproduit en bas à droite de la page 1034 dans l'édition Bouquins ), où la chambre est placée au niveau 4, alors que le niveau 1 de l'hôtel semble nettement plus haut que le rez-de-chaussée, si on le compare à l'atelier attenant.

Pour des raisons faciles à comprendre, Dagon s'en tient aux trois étages - ce qui fait que l'hôtel a quatre étages en tout (contrairement à celui de Meshbox, qui a droit à un cinquième).


Annexe VIII : à propos des personnages féminins

Il ne s'agit pas de tenter une étude de la place de la femme dans Le Cauchemar d'Innsmouth mais seulement de faire état de deux observations issues de la lecture (ou, plutôt, des lectures) de la nouvelle.

1) les personnages présents

Tous les personnages principaux (le narrateur, l'agent de la gare, Joe Sargent, le vendeur de l'épicerie, Zadok Allen) sont masculins. Seules exceptions : parmi les personnages secondaires, Miss Tilton (la conservatrice de la Société historique de Newburyport, qui a droit à une page et demie, au discours indirect - voir l'Annexe IX) et, simple figurante, la fille au nez plat et aux mains incroyablement épaisses et maladroites servant dans le restaurant d'Innsmouth (qui a droit à six lignes - encore doit-elle les partager avec son collègue masculin, guère mieux loti qu'elle, d'ailleurs).

2) les personnages évoqués (famille du narrateur)

Prenons la place de James Williamson, le grand-père maternel du narrateur :

Bien sûr, comme on a pu l'observer dans l'Annexe VI, c'est par les femmes que se transmet le sang des poissons parmi les descendants d'Obed Marsh ; mais il reste que Douglas Williamson est le seul homme de la famille à avoir quitté ce monde prématurément.


Annexe IX : à propos des dialogues

Comme pour l'annexe précédente, aucune prétention à l'exhaustivité, mais, là encore, quelques constats de lecture.

Si l'on prend le mot dialogue dans son sens le plus large (que le Petit Robert définit comme Entretien entre deux personnes, (que l'on pourrait reformuler ici en compte rendu des propos adressés au narrateur par un autre personnage ), on trouve neuf passages (sauf omission ; j'avoue n'avoir pas relu la nouvelle spécialement pour ce relevé) :

 j  D = discours direct // I = discours indirect // L = discours indirect libre
PersonnageTexteNbP 
———————————————————————————————— 
DL'agent de la gare407-4114    
IMiss Tilton413-4141    
ILe vendeur de l'épicerie420-4233    
DZadok Allen428-4389    
LJoe Sargent4400,2 
ILe gardien de l'hôtel4400,1 
IMr Peabody456-4570,5 
IWalter Williamson458-4590,3 
LEliza Orne4600,2 

Mais si l'on prend le terme au sens technique (et étymologique) d'Ensemble des paroles qu' échangent les personnages, il faut admettre qu'il n'y a aucun dialogue dans Le Cauchemar d'Innsmouth . En effet,

1)dans les deux cas de discours direct, le narrateur ne cite aucune de ses propres paroles ;
a} on peut les deviner en creux dans certains propos de l'employé de la gare, comme
« Oui, il y a un hôtel à Innsmouth – on l'appelle la Maison Gilman »
qui répond visiblement à la question Y a-t-il un hôtel à Innsmouth ?
ou bien les extraire du récit :
L'employé […] sembla comprendre mes soucis d'économie
ou même, au discours indirect, je priai donc l'employé de m'en parler un peu. mais ce manque de réponse apparaît presque choquant quand on doit transposer la fin de la scène ; aux derniers mots de l'employé :
Innsmouth devrait être un endroit idéal pour vous.
succède abruptement Je passai donc une partie de la soirée à la bibliothèque […]

Dans Dagon, il a fallu ajouter quelques mots de remerciements pour masquer ce manque.
b} Zadok, lui, se montre sensible au mutisme du narrateur :
Hé, vous, pourquoi qu'vous disez rien ?

2) il n'y a pas plus d'échange dans les passages au discours indirect, si ce n'est que les propos du vendeur de l'épicerie et la carte d'Innsmouth qu'il dessine pour le narrateur font l'objet des remerciements les plus vifs. Mais quand son oncle lui demande s'il doit interrompre la présentation des bijoux étranges, le narrateur se contente de lui [faire] signe de continuer.

On ignorera donc la voix du narrateur (en tant que personnage), comme on ignore (dans la nouvelle) son identité.


Annexe X : à propos de « quais » et de « ports »

Rien ici pour l'Album de la Comtesse ; cette annexe est née de l'interrogation suscitée par une phrase du narrateur quand il découvre (et décrit) le panorama d'Innsmouth vu du haut de la montagne qu'il vient de traverser :
Le délabrement était pire près des quais, mais en leur centre même, j'aperçus le blanc campanile d'un bâtiment de brique assez bien conservé qui ressemblait à une petite usine.

Nous reviendrons plus bas sur cette interrogation, mais cette phrase conduit à constater que si, le plus souvent, quai/quais traduisait wharf/wharves, ici, il correspondait à waterfront – qui était lui-même traduit ailleurs par front de mer ou bien port.

Pour y voir plus clair, voici comment se répartissent les occurrences de quai et de son champ lexical :


annexexz
A = nombre d'occurrences
B = idem en distinguant
      singulier et pluriel
C = terme considéré
D = lien et nombre d'occurrences
      de ce lien









* à la page 410,
off Innsmouth Harbour   est
traduit par au large d'Innsmouth.




° le passage du singulier au pluriel est d'ordre quasiment grammatical,
in some heathen port
étant rendu par
dans un de ces ports de païens.

On peut donc constater une sorte de concentration du lexique :

Pour revenir à la phrase introductrice de cette annexe, on peut noter que Lovecraft utilise ici le mot waterfront — mais cela ne change pas le fond de la question : de quels quais (de quel waterfront) s'agit-il ? Car, comme dans toute ville située à l'embouchure d'un fleuve, on peut avoir un port fluvial et/ou un port maritime ; or l'usine Marsh est située sur les bords du Manuxet — pas le long de la côte atlantique, et l'ombre de Newburyport qui plane sur Innsmouth renvoie bien sûr aux quais du Merrimack ; mais l'auteur nous parle ici d'une rivière très encaissée, et surtout, coupée, à l'intérieur même d'Innsmouth, par quatre chutes d'eau, dont la plus en aval se situe justement au niveau de l'usine Marsh. Il ne peut donc y avoir aucune navigation sur le fleuve, et s'il y avait des quais surplombant l'abîme à une hauteur vertigineuse, ils ne pourraient servir qu'à des promenades, peu de mise dans cette sombre cité. Pourtant, il n'est pas possible de voir dans les quais dont il est question ici ceux du port ; celui-ci se trouve, rappelons-le, au sud du fleuve et, même avec une forte parallaxe, le campanile de l'usine reste nettement en dehors.


Annexe XI : le mystère des trois clochers

Découvrant le panorama d'Innsmouth du haut de la montagne, le narrateur décrit :
Du fouillis des cheminées montait à peine un filet de fumée, et les trois grands clochers se dressaient, austères et dépouillés, sur l'horizon du côté de la mer. L'un d'eux perdait son faîte par morceaux, et, ainsi qu'un autre, il exhibait des trous noirs béants là où avaient été des cadrans d'horloge.

De quels clochers s'agit-il ? On pense bien sûr d'abord à ceux de New Church Green. Mais, bien qu'en arrivant, le narrateur mentionne des églises des deux côtés, il ne sera jamais question que de deux édifices : l'église congrégationaliste et l'église baptiste. Et, quand l'autobus passe près d'elles, il en décrit une comme une église de pierre au clocher trapu.

Il y a bien encore les églises situées plus à l'est sur Church Street, mais elles aussi vont par paire. Restent alors les églises au sud de Main Street - dont le narrateur dit, quand il ressort de l'hôtel Gilman après y avoir déposé sa valise :
J'apercevais à l'est le bleu du port, sur lequel se détachaient les ruines de trois clochers géorgiens, superbes en leur temps.

Mais là n'est pas la principale difficulté d'interprétation du texte. En effet, comme on l'a déjà observé dans l'Annexe V  plus haut, pour avoir une vue sur les quais et le port, il faut que le narrateur domine nettement la ville, et cela, d'un point situé à peu près sur son axe nord-sud. Dans ce cas, comment des clochers peuvent-ils se dresser […] sur l'horizon du côté de la mer (loomed [...] against the seaward horizon, dans le texte original) ?


annxi-1

Les quatre églises de Church Street et les trois de Main Street sont repérées par des obélisques rouges ; on peut voir qu'aucun ne se profile sur un horizon marin.


Pour cela, il faudrait arriver par l'ouest, en venant de Rowley et des marécages.

annxi-3

Reste alors une possibilité (plutôt séduisante puisqu'elle amène à compléter la carte d'Innsmouth) : peut-être s'agit-il de trois autres églises situées dans l'extrême nord-est de la ville, édifices non mentionnés par ailleurs parce que le narrateur ne s'aventure à aucun moment dans ce quartier (*)
(je quittai en hâte ces immondes taudis du front de mer, déclare-t-il en laissant Water St. à mi-parcours pour gagner les beaux quartiers de l'ouest).

annxi-2
annxi-4

Heureuse occasion d'enrichir le décor de ce morceau de littoral.

(*) Ce peut être l'occasion de faire le bilan des déplacements du narrateur dans Innsmouth, reportés sur la carte établie par Joseph Morales.
annxi-5
  • pour plus de clarté, certaines couleurs ont été modifiées ;
  • les mentions de Church St et de Martin St ont été enlevées, puisqu'elles semblent faire l'objet d'une confusion.

 
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