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Oyiwen ed tanemert_______ Page mise à jour le 24 juin 2020 vers 19h40 TUC    


À propos des séries HIStory et des BL

Cette page propose la traduction de deux articles publiés par KearaMH sur le site de MyDramaList  [⇒]

Les deux articles réagissent à une suite de six mini-séries ou séries regroupées sous le nom de HIStory (1) mais totalement indépendantes (aussi bien pour l'histoire que pour les acteurs) ; l'ensemble appartient au genre couramment désigné par les initiales BL  (= boys' love ), dont le ressort principal est la relation amoureuse entre deux jeunes hommes.

Les analyses présentées par KearaMH (et complétées par quelques extraits de commentaires) sont assez éclairantes pour qu'il ait paru opportun d'en donner ici une version en français.

NB- Le texte original ne comprend pas de notes ; celles qui apparaissent ci-dessous sont des ajouts personnels.

La traduction et les notes sont suivies d'une annexe où j'ai ébauché le même type de réflexion sur quelques séries diffusées ultérieurement.


Disséquer HIStory : 1ère partie

  
par KearaMH - 15 juillet 2019

Ci-dessous, spoilers (2) importants sur HIStory: My Hero, Stay Away from Me et Obsessed. Je ne préviendrai pas du détail des spoilers. Il y a aussi une discussion à propos du harcèlement sexuel. Agissez en connaissance de cause.

S'il y a une chose avec laquelle les médias ont du mal, et je veux dire dans le monde en général, c'est la représentation (3) des LGBT+. Dans toutes les années de ma pratique des médias asiatiques, j'ai trouvé que, recherche après recherche, il n'y a que peu de pays d'Asie capables d'approfondir la représentation des LGBT+ d'une façon sensée. Leur manière la plus habituelle passe par les séries de « BL » ou « amour de garçons ». Elles sont très populaires, avec des productions comme Sotus et Make It Right qui sont les références du genre. Pourtant, il y a une troisième franchise que je voudrais ajouter à la liste : HIStory (4).

HIStory est une série qui sort depuis 2017 et se spécialise dans le récit d'histoires d'amour gay au format de poche. Dans l'ordre, ce sont My Hero, Stay Away from Me, Obsessed, Right or Wrong, Boundary Crossing, Trapped et le futur Make Our Days Count. Ces histoires varient largement en qualité, en réalisme et même en violence (car oui, certaines d'entre elles véhiculent des stéréotypes nocifs et oui, nous en reparlerons). Alors, et si nous discutions de la franchise HIStory et de toutes ses évidentes, effrayantes et horribles erreurs ?

Avant de commencer, cependant, il y a deux ou trois choses que je veux aborder tout-de-suite. D'abord, je ne suis pas un MLM (5), je ne peux donc pas dire ce que les productions comme HIStory me font ressentir de ce point de vue. D'un autre côté, je suis une femme queer ; je pense donc avoir le droit de discuter certains des stéréotypes malfaisants associés à cette communauté. Deuxièmement, je pense qu'il y a des façons de causer du tort à cette représentation ; il y a une nette différence entre la description naturelle de personnages LGBT+ et une fétichisation écrasante. Pour terminer, je suis plus qu'heureuse de discuter de tout ce que j'écris ici avec quiconque souhaite dialoguer. Je crois que la porte devrait toujours être ouverte à la discussion quand on parle de sujets comme celui-ci.

Avec en main ma tasse de café à la licorne arc-en-ciel, discutons de HIStory. Attachez vos ceintures parce qu'une partie du chemin est… rocailleuse.

Dire que la saison 1, composée de Stay Away from Me, Obsessed et My Hero est rude serait une litote prêtant à sourire. Il y a un bataillon de questions épineuses se répandant par ici, auxquelles il faudrait répondre, selon moi. Assez bizarrement, parmi les analyses de MDL  (6) ou les commentaires de YouTube  que j'ai lus, aucun ne paraît détecter de problème. Pourtant, je vais m'exprimer ici sur chaque erreur de parcours de cette première saison.

Bien. Commençons par My Hero, qui est de loin la meilleure partie de HIStory-saison 1. Cela raconte l'histoire d'une femme nommée Lan Xi qui meurt et prend possession du corps d'un homme, Si Ren, pour continuer d'être avec son fiancé, Ying Xiong. En abordant la série, j'étais persuadée que My Hero ferait ce que font les travestis  (7). Voici, grosso modo, comment cela fonctionne (comme dans Coffee Prince) :

  1. Mme Dame doit s'habiller en homme pour telle ou telle raison et est comme aimantée par le terriblement attirant M. Sieur.
  2. M. Sieur se trouve lui-même attiré par Mme Dame, mais ne se rend pas compte qu'elle est Elle ; il cède donc à la Panique Gay™ (8).
  3. M. Sieur dit : « Au diable avec ça » et déclare son amour à Mme Dame, pensant qu'elle est Il. Un baiser de triomphe prend place ici.
  4. Mme Dame révèle (ou il s'avère d'une autre façon) qu'elle est Elle, et M. Sieur est déconcerté pour quelques épisodes.
  5. M. Sieur continue d'aimer Mme Dame et ils partent ensemble ; M. Sieur cache sous le tapis l'épisode où il pensait être gay et toute cette découverte de lui-même est oubliée, le laissant persuadé d'être en fait toujours resté hétérosexuel au fond de lui-même.
  6. Fin heureuse, sans séquelles ni trouble de conscience.

Je dois dire que cette formule de détournement de genre peut être quelque peu frustrante parce que tout ce que M. Sieur a découvert sur lui-même se trouve réduit à néant. Ici, les choses sont un peu différentes. À présent, Mme Dame est vraiment un homme, et M. Sieur ne découvre jamais que ce corps est occupé par l'esprit d'une femme. Si Ren, avant la prise de possession, aimait déjà Ying Xiong ; il est donc gagnant. Lan Xi retrouve les baisers et l'intimité de Ying Xiong, elle est donc gagnante. Ying Xiong finit par en apprendre beaucoup sur lui-même et se retrouve avec un gentil petit ami, il est donc gagnant. Ce que Ying Xiong apprend sur lui-même n'est pas rendu caduc, parce que ce qui le fait déclarer son amour à Si Ren n'est pas dû à Lan Xi mais vient plutôt de ce que Si Ren avait fait avant que Lan Xi ne prenne possession de son corps.

Globalement, ce drame est juste moyen, mais comparé au reste de la saison 1, ça passe. Il y a quelques stéréotypes, mais rien de trop grave. J'en tire un bilan positif, et je suis heureuse qu'il y ait quelque chose de bon dans le vrai feu de poubelles qu'est HIStory 1.

Et maintenant, voici Stay Away from Me, le cadet embarrassant de la saison 1. SAfM a des problèmes particuliers, à commencer par la présence d'un personnage nommé Meng Meng. Meng Meng est le modèle de la fujoshi , qui (si vous ne le savez pas) est une femme absolument fan  des relations gays. C'est là que se situe une bonne part des problèmes que j'ai avec cette série. Meng Meng est la meilleure amie du personnage principal, Feng He. Feng He se trouve par ailleurs être le demi-frère d'une célébrité du nom de Cheng Qing. Meng Meng, sans que personne lui demande rien, décide que Feng He et Cheng Qing formeraient un beau couple et demande s'ils ont déjà couché ensemble. Plus tard dans le film, Meng Meng demande même quel genre de top  (9) est Cheng Qing. Et tout cela est censé être amusant.

Maintenant, vous pourriez penser : « Mais c'est juste un personnage dans un film ! Personne n'agit ainsi dans la vie réelle ! C'est juste une plaisanterie innocente ! »

Non. Non, ce n'est pas que cela. Regardez cette page de Twitter faite par un cosplayer (10) gay, dans laquelle il parle de personnes réelles, vivantes , qui sont vraiment venues le voir pour lui dire exactement les mêmes choses que Meng Meng dit dans Stay Away from Me. Je pense aussi que le fait qu'il parle de dessins animés n'enlève rien à la justesse de ses arguments, qui s'appliquent aussi bien à notre propos. Je suis aussi tout-à-fait d'accord avec son dernier tweet et ce qu'il dit à propos de représentation.


Nipah Anim Expo
Tous les BL qui perpétuent les stéréotypes de l'uke et du seme (11), je les hais. Lol. Toutes les fois où ma relation a été romantisée comme « un yaoi de la vie réelle » dans le passé, avec soit moi soit Andrew étiquetés comme Uke/Seme par quelque fushoji. Je déteste la plupart des yaois.
Nipah Anim Expo
Ma relation n'est pas un objet sur lequel fantasmer, et c'est insupportable quand des gens le font. C'est pourquoi je ne mets plus rien en ligne à propos de ma relation, ces dernières années, en dehors d'événements importants. Je suis fatigué d'être comparé à une histoire de yaoi. Je déteste le genre qui en résulte.
Nipah Anim Expo
Est-ce que je désire un dessin animé présentant une relation gay lavée des archétypes des productions précédentes ? Bien sûr, j'aimerais voir une représentation positive dans ce genre de média. Mais vous savez ce qui arrive habituellement ? Les stéréotypes Uke/Seme, le viol et les relations sous la contrainte, glorifiées comme de l'« amour ».

Ou qu'en est-il de cet utilisateur de Twitter qui décrit une fille semblable à Meng Meng qui l'a vraiment gêné par son insistance :


Ender
[…] je suis harcelé au lycée par cette fille qui sait que je suis gay. Elle me fétichise. Cette saleté m'arrive aussi bien qu'aux autres gays ET aux lesbiennes. Ele n'arrête pas de me flanquer sous les yeux son téléphone avec des images porno gay, en me disant de les « évaluer ». Ce
Ender
N'est pas juste de la mignonne merde de bisounours  (12), c'est insupportable, et ça vous fait savoir qu'ils vous voient comme un objet, pas une personne. Vous pouvez fétichiser les gays tant que vous voulez, pareil avec les lesbiennes, mais GARDEZ.ÇA.DANS.VOTRE.CHAMBRE. Il y a un problème quand vous pourrissez la vie de LGBT réels, vivants,
Ender
parce que vous vous sentez excités par eux. Nous n'y voyons pas une marque d'intérêt, nous n'y voyons pas un soutien, nous y voyons du harcèlement sexuel. Et c'est du harcèlement sexuel si vous importunez sans arrêt les personnes gays parce que vous fantasmez sur le yaoi, le yuri ou n'importe quoi. C'est infect.

De toute évidence, certaines personnes agissent comme Meng Meng dans la vie réelle et, à lire Nipah et Ender, c'est très problématique. J'espère que vous comprenez maintenant pourquoi la présence et l'apparente approbation du comportement nuisible de Meng Meng m'ont passablement choquée. Je pense que ne pas dénoncer le comportement nocif de personnages comme Meng Meng conduit à encourager des comportements qui blessent des personnes réelles. Ce problème apparaît précisément dans les commentaires, où de nombreuses intervenantes trouvent le comportement de Meng Meng charmant, gentil ou semblable à leur propre attitude.


Meng Meng est mon animal totem.
Meng Meng et moi ne faisons qu'une.
J'adore la façon de penser de Meng Meng.
Fu Meng Meng est exactement moi dans la vie de tous les jours.
J'aime Meng Meng, c'est tellement moiiiii

Et croyez-moi, je ne suis pas en train de dire une seule seconde qu'il y a quelque chose de mal à aimer les séries et les films qui présentent des histoires d'amour gay. Ce que je dis, c'est que la transformation en objet et en fétiche qui se produit dans le spectacle se reproduit dans les commentaires et dans la vie réelle et qu'en n'ayant mis dans le film aucun commentaire raisonnable sur ce point, l'auteure encourage dans les faits un tel comportement. Aimez ce que vous aimez, ressentez ce que vous ressentez mais dès que cela commence à blesser autrui, ça ne va plus.

Rien dans les aspects gênants de Stay Away from Me ne peut cependant rivaliser avec la troisième partie de la saison 1 de HIStory : Obsessed. Beaucoup de gens l'apprécient. Moi-même, j'aime certainement un bon et cordial baiser (ou deux) dans un spectacle télévisé ou un film, et cette série en est remplie. Pourtant, il y a une différence fondamentale entre les scènes les plus chaudes de cette série et celles, disons, de Right or Wrong.

Obsessed présente de l'agression sexuelle.

Il y a de multiples agressions sexuelles qui ne sont jamais jugées et aboutissent en fin de compte à une relation romantique. Jin Teng, un homme connu comme menteur et peu sympathique, agresse à plusieurs reprises Yi Chen, un homme qui essaie visiblement de lui échapper. Ces attaques sont brutales, laissant souvent Yi Chen visiblement marqué. Il pleure à de nombreuses reprises dans la série, et la plupart de ces larmes sont dues à l'homme que nous, en tant que spectateurs, sommes supposés lui souhaiter comme partenaire. Regardez seulement Yi Chen (13). Dans le présent épisode, il essaie d'attirer l'attention de qui pourra lui venir en aide et il tremble visiblement pendant toute la scène. Dans la seconde photo, ce poing levé montre qu'il essaie de se défaire de Jin Teng.

Dites-moi si c'est le visage de quelqu'un de consentant.

Et je veux dire ceci : il y a des mouvements de possession et de prédation dans tous les types de sexualité et de genres, y compris chez les hommes gays. Ils existent, mais ne sont certainement pas la règle ni même la majorité. Je dois m'insurger quand la présentation de ces personnages renforce les stéréotypes nuisibles et ne prend pas en compte le fait qu'il y a quelque chose de sérieusement mauvais dans ce type de comportement. L'agression ne saurait jamais être un moyen de parvenir à ses fins, et pourtant ce n'est jamais remis en cause dans Obsessed, quand on voit comment Yi Chen se soumet à son agresseur et comment tout se termine allègrement. S'il y avait quelque forme de discussion raisonnable sur le comportement abusif de Jin Teng ou si Yi Chen faisait en sorte de se tenir à l'écart de Jin Teng, alors, je pense que la série aurait été beaucoup plus satisfaisante et plus digne d'intérêt.

Les histoires concernant les abus doivent être racontées, mais cette histoire-ci ne dit en vérité rien sur l'abus. Il est juste là, et traité comme s'il faisait partie du « jeu amoureux ». Pour moi, une grande part du problème vient de ce que tant et tant de commentateurs trouvent ces agressions excitantes et chouettes. Jin Teng emploie la culpabilisation, les menaces et la violence pour « conquérir » Yi Chen, et même une fois qu'ils sont ensemble, ce déséquilibre des forces reste évident. Ce n'est pas joli. Honnêtement, c'est plutôt inquiétant. Je ne peux m'empêcher de m'imaginer à la place de Yi Chen, et tout ce que je peux imaginer, c'est de la peur.


Voilà. Il y avait beaucoup à dire, et cela semblait très critique, principalement parce que ça l'était. Je crois que la représentation LGBT+ est très importante, mais qu'elle ne doit pas reposer sur des stéréotypes. Le point crucial de la représentation gay n'est pas uniquement d'avoir des personnages gays, mais plutôt de montrer comment les personnes gays sont simplement… des personnes. J'ai les mêmes critères pour la présentation de relations hétérosexuelles et homosexuelles. Les gens qui trichent ou abusent des autres ne devraient pas être présentés comme des héros ou des partenaires idéaux. Les amis ou les gens sans lien particulier ne devraient pas faire des commentaires glauques ou poser des questions sur la nature et le déroulé de la relation. De telles questions ne devraient pas être considérées comme aimables ou sympathiques. Je crois qu'il faut bien traiter les gens, et pour l'essentiel de la saison 1, ils sont fort mal traités. Heureusement, les saisons 2 et 3 sont bien différentes, et dans le second et dernier article sur ces séries, je vais me lâcher en montrant comment HIStory 2 et 3 le font bien.

Extrait des commentaires
anatanotameni
[…] J'ai lu et vu toutes sortes de BL, de mangas à thèmes yaoi, de drames et de manhwa, et je ne pense pas réellement que ce genre ait jamais représenté de vrais couples LGBT+. C'est vraiment très difficile de trouver un film, drame, manga, livre BL/yaoi connu qui présente des relations saines. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce genre s'adresse directement à des femmes, leur offrant un bouc émissaire pour leurs fantaisies intimes inavouables. Ces histoires sont remplies d'amour non demandé, impossible, plein de sexe, violent, possessif, et condamné par la société. Les séries Obsessed et Addicted sont fameuses et aimées par la plupart parce qu'elles dépeignent exactement cela. Toutes les formes d'actes commis par le seme sont justifiées par le fait qu'il est tombé fou amoureux de l'uke, et l'uke aime aussi toujours le seme, c'est pourquoi tout lui est pardonné. Dans le monde réel, ce type de relation est clairement inacceptable.
KearaMH
C'est exactement le problème : toute peinture d'un personnage gay est représentative d'une facette de l'image que les gens se font des gays, image réaliste ou non. De là, en fin de compte, même les histoires non réalistes sont une représentation, puisque cela s'imprimera dans l'esprit de quelqu'un comme une représentation de ce groupe. BL et yaoi sont destinés à 100 % à des femmes hétérosexuelles. Les grands médias asiatiques dépeignant des relations gays sont très rarement destinés à être vus par des hommes gays. C'est simplement la nature du genre. Néanmoins, les descriptions les plus diffusées de groupes minoritaires influent sur la façon dont les gens perçoivent ces groupes, indépendamment de l'audience visée ou des intentions du média. Même les archétypes du seme et de l'uke sont intrinsèquement nocifs. Quand on arrive à la perception par le public de la communauté LGBT+, les intentions n'ont plus d'importance. Ce qui compte, c'est l'impact réel du média. […]

Disséquer HIStory : 2ème partie

  
par KearaMH - 4 août 2019

Cet article contient des spoilers importants sur HIStory: Right or Wrong, Trapped, et Boundary Crossing. Il n'y aura pas d'alerte ultérieure pour les spoilers. Il y a aussi une discussion sur le harcèlement sexuel. Lisez en connaissance de cause.

J'ai écrit récemment un article appelé Disséquer HIStory : 1ère partie, dans lequel je parlais en détail de la première saison de la série du BL taïwanais HIStory. Si vous avez manqué ce texte, je vous conseille de retourner le lire, puisque les opinions qui y sont exprimées fournissent une partie importante du contexte de ce dont il sera question ici.

Je pense que la saison 1 de HIStory est très critiquable mais ce que la saison 1 a fait en sombrant dans un gouffre, les saisons 2 et 3 le font avec éloquence et efficacité. Elles ne sont pas parfaites, mais elles représentent un net progrès par rapport à la première saison et constituent de bons spectacles. Alors, qu'est-ce qui fait exactement d'elles de bonnes romances et de bonnes représentation des gays ? Parlons-en.

Je commencerai avec Right or Wrong, le début de la renaissance d'HIStory (autrement dit, quand la franchise a cessé d'être un feu de poubelle). Cette série traite vraiment bien de l'écart d'âge. Elle discute de la paternité célibataire. Elle a un très bon message quant à l'égoïsme parental. Elle ouvre la porte à la discussion sur les relations professeur-élève. C'est plus qu'une histoire d'amour, et c'est assez impressionnant quand on regarde ce à quoi tend le BL banal.

Ma plus grande critique portera probablement sur le fait que l'acteur qui joue Fei Sheng Zhe semble sourire quand il pleure, et ça ne sonne pas juste. Également, le fait que Sheng Zhe passe directement du rejet scolaire à la prostitution semble un peu… beaucoup. Il y a aussi quelques fois où les acteurs heurtent leur micro-cravate sous leur chemise et les gens de la production ne se donnent pas la peine d'adapter le niveau sonore ou de retourner la scène. Des trois séries dont je parlerai aujourd'hui, Right or Wrong est certainement la moins élaborée. Pourtant, le film est très bon.

Right or Wrong est entièrement centré sur Shi Yi Jie, un professeur de lycée, père divorcé et évanescent d'une petite fille appelée Yo Yo, et comment il apprend à être un meilleur père grâce à Fei Sheng Zhe, l'étudiant qu'il embauche pour s'occuper de Yo Yo. Lui et l'étudiant tombent amoureux l'un de l'autre, parce que, bien sûr, ça leur arrive comme ça.

Cette entrée en matière a déclenché des sonnettes d'alarme au moment où j'en ai pris connaissance. De nombreux exemples de professeurs tirant avantage de leur âge, aux États-Unis, viennent à l'esprit. Dans la relation entre Yi Jie et Sheng Zhe, Yi Jie dispose de beaucoup de pouvoir ; il est plus âgé, il a plus d'argent et est le professeur de Sheng Zhe. Malgré cela, Yi Jie traite Sheng Zhe loyalement. Yi Jie ne passe pas par-dessus la tête de Sheng Zhe et le traite (le plus souvent ; rien n'est parfait) comme il traiterait quelqu'un de son âge ou de sa condition sociale. Yi Jie le paye pour s'occuper de Yo Yo et pour tout le bric-à-brac qu'il lui fait faire plutôt que de juste tout en attendre parce que Sheng Zhe est plus jeune. Il y a quelques anicroches ici et là, mais c'est sans gravité, à mon avis. Les freins et contrepoids sont tout là.

C'est vrai que Yi Jie peut être parfois un peu arrogant, mais je n'en fais pas un drame parce que Sheng Zhe ne paraît pas en souffrir. C'est différent de – disons – Obsessed, où l'« arrogant » laisse visiblement l'intérêt de son « amour » l'emporter à chaque rencontre.

Également, la façon dont le film traite le rôle des parents n'est pas ce que j'ai vu de plus nuancé, mais c'est fait de manière correcte. Puisque la plupart des séries de BL que j'ai vues ou dont j'ai entendu parler ne traitent pas d'adultes plus âgés, les jeunes enfants ne font généralement pas partie de la troupe. Ce film a une occasion rare d'inclure un père devenant moins terrible, dans le cheminement de Yi Jie. Il voit en Sheng Zhe ce qu'il ne peut pas ou ne sait pas offrir à sa fille. Il apprend à devenir moins égoïste et à moins sacrifier aux voyages qu'il pourrait faire comme archéologue, pour se consacrer à ce qu'il peut faire chez lui pour améliorer la vie de sa fille et, plus tard, de Sheng Zhe. Égoïsme et parenté ne sont pas des sujets souvent abordés dans les BL ; je dois donc tirer mon chapeau à cette série pour avoir abordé ces thèmes, même si c'était un peu rude sur les bords.

Il y a aussi le thème de la parenté gay. L'une des plus grandes craintes de Sheng Zhe est d'avoir une mauvaise influence sur Yo Yo parce qu'il est gay. Yi Jie le rassure vite : Yo Yo voit en lui la meilleure chose depuis le pain en tranches. Je suis contente que cela ait été inclus, voyant à quel point l'idée que « les gays lavent le cerveau de nos enfants » est encore largement répandue. Les gays ne voient pas la fin des gens se demandant s'ils peuvent ou non élever un enfant. Voir une série relativement populaire remettre en question cette idée est encourageant. Right or Wrong n'est certainement pas la première à le faire, mais elle le fait d'une façon si émouvante, si sympathique, que je me suis sentie obligée de le relever.

Je pense aussi que la meilleure amie de Sheng Zhe, Ye Wen Ling, mérite un coup de projecteur. Elle me donne l'espoir que les gens puissent comprendre que vous n'avez pas à surréagir juste parce que votre ami est gay (prends-en de la graine, Meng Meng). Elle le taquine, oui, mais c'est dans la bonne humeur, tout comme je pourrais faire avec mes amies et mes amies avec moi. Quand les choses se gâtent, elle montre clairement qu'elle prend soin de Sheng Zhe et s'assure que, s'il a besoin de quelque chose, il sait qu'il peut compter sur elle.

En conclusion, Right or Wrong n'est pas le sommet de la renaissance de HIStory, mais la série est agréable à regarder et vaut la peine qu'on en parle.


Au tour de Boundary Crossing, qui a été ma première HIStory et ma première série taïwanaise. J'ai regardé ce film d'une seule traite. Je ne suis pas allée au lit avant quatre heures du matin cette nuit-là parce que je ne pouvais pas m'empêcher d'aller jusqu'au bout.

Ce petit joyau raconte l'histoire de deux étudiants, Qiu Zi Xuan et Xia Yu Hao, qui deviennent amis par l'intermédiaire du volley-ball et finissent par tomber amoureux l'un de l'autre. Il y a aussi un couple secondaire composé de deux demi-frères. Je n'ai jamais été à l'aise avec ces histoires de demi-frères (et je ne le suis toujours pas), mais je pense que Boundary Crossing s'en tire mieux que Stay Away from Me, sans l'ombre d'un doute.

J'adore ce film. Parmi les films que j'ai vus, c'est l'un des rares à reposer sur un couple gay qui paraît absolument naturel. C'est à propos de deux personnes qui tombent amoureuses, et voilà. Ce n'est pas parce que les personnes appartenant à la communauté LGBT+ sont brimées à travers le monde que toutes les histoires centrées sur un couple non hétérosexuel doivent sombrer dans le drame. Les films et les séries qui tournent autour de personnages LGBT+ ont la fâcheuse tendance de se terminer en tragédie ; Boundary Crossing est l'exemple lumineux de comment des couples gays peuvent aussi rencontrer un dénouement heureux. Je pense que c'est ainsi que les choses devraient être représentées. Montrez les difficultés d'être gay, mais montrez aussi qu'il n'y a pas que l'abomination de la désolation.

Il y a un article écrit par Sam Ramsden qui, à mon avis, illustre très bien ce sentiment. Ramsden écrit :

« Le problème est tout simplement qu'on ne produit pas assez d'histoires positives, ici. Beaucoup s'opposent à cette idée en rappelant que de nombreuses histoires d'amour hétérosexuel se terminent aussi tristement ou tragiquement – mais ce point de vue perd sa légitimité quand on considère toute la masse d'histoires d'amour hétérosexuel racontées dans des films, à comparer aux LGBT. La raison pour laquelle il est important d'assurer aux éléments positifs de la vie LGBT une prédominance dans les films est parce que l'insistance permanente sur le négatif ne fera que renforcer l'idée que les histoires LGBT sont en quelque sorte inférieures. »

Les gays sont souvent stigmatisés comme de terribles prédateurs. La seule fois où ce comportement apparaît est quand Cheng En et Zi Xuan sont en train de mettre au point une scène pour Xiao Xiao, dans laquelle ils surjouent intentionnellement les (dangereux) archétypes « uke » et « seme » que l'on trouve généralement dans les yaoi. Ce moment met en lumière comment les films centrés sur des gays les caricaturent habituellement. Les « vrais » couples du film n'agissent pas de cette façon parce qu'elle ne reflète pas la réalité. Cheng En et Zi Xuan préparaient un spectacle. Ironiquement, cette scène est une bonne critique du comportement de Meng Meng dans Stay Away from Me, si vous sous souvenez de ses bouffonneries de fujoshi  et de ma protestation répétée depuis le premier article.

L'autre chose que j'apprécie réellement dans Boundary Crossing est qu'il n'est pas hyper-sexualisé. Oui, il y a ce baiser dans le vestiaire, mais c'est une séquence rêvée censée montrer Yu Hao pris de Panique Gay™ (comme Internet l'appelle affectueusement). Autrement, Zi Xuan et Yu Hao gagnent chacun le cœur de l'autre par la gentillesse et les attentions. Ce n'est pas tout le temps l'heure du sexe parce que ce n'est pas comme ça que les gens se comportent dans la réalité. Même le couple secondaire est aussi PG  (14) que possible. Les activités des adultes ne sont pas sur leur agenda. L'auteur ne les force pas à être ce qu'ils ne sont pas.

Maintenant, je mentirais si j'affirmais que le baiser du vestiaire n'est pas aussi  du service pour les fans (15). C'est absolument le cas . Je le sais, vous le savez, tout le monde le sait. Je l'absous, cependant, parce qu'il est vraiment utile à la narration. Il contribue au développement du personnage de Yu Hao. Ce n'est pas seulement un baiser pour la religion du baiser.

J'apprécie vraiment Boundary Crossing parce qu'il fait quelque chose d'un peu différent à partir de la formule habituelle des cœurs en émois de classes de Terminales ; il y a l'ajout de la découverte de soi, avec un regard sur la sexualité. Je pense que c'est assez spécial et je suis très, très impatiente du film de séquelle auquel Boundary Crossing aura droit. J'espère qu'il sera à la hauteur de l'original.


Enfin, nous avons Trapped. J'aime Boundary Crossing mais Trapped est la série que je préfère dans la franchise HIStory, et de loin. Il est tout en nuances, romantique, vraiment bien écrit, et agréable à regarder. Il n'est pas sans défauts, mais ses défauts ajoutent à son charme et ouvrent la porte à la discussion. J'aime Trapped pour bon nombre des raisons qui me font aimer Boundary Crossing, mais il ajoute aussi de nouveaux ingrédients.

Trapped raconte l'histoire de l'officier de police Meng Shao Fei qui a une obsession : arrêter un chef de bande appelé Tang Yi. Après avoir été persuadé pendant quatre ans que Tang Yi était impliqué dans la mort de son mentor, Shao Fei découvre qu'il ne hait pas vraiment le gangster. Finalement, les deux hommes se rendent compte qu'ils se sont gravement trompés l'un sur l'autre, et ils tombent amoureux, formant une paire aussi magnifique qu'improbable.

Pour moi, l'un des aspects les plus intéressants du film est la bisexualité de Tang Yi. À un moment du film, Tang Yi et Shao Fei aboutissent dans le même bar. Tang Yi est là pour se livrer à ses affaires de gangster, Shao Fei est là pour empêcher les affaires de gangster. Afin de se mettre un peu plus à l'aise, Shao Fei se met à danser avec sa coéquipière Yi Qi. Les deux constatent que Tang Yi est aussi en train de danser… avec un homme. Cette vision fait partir en vrille Shao Fei. C'est à ce moment que Yi Qi se fait l'écho d'une rumeur à propos de Tang Yi : il est attiré par les femmes et par les hommes.

C'est très, très intéressant, à mes yeux. Certains (ou beaucoup) parmi vous sont peut-être familiers du film de comédie musicale RENT , qui a un personnage nommé Maurine  (16). Maurine est connue pour trois choses :

  1. Être jouée par Idina Menzel dans le film original.
  2. Chanter la chanson moo (17) .
  3. Être bi.

L'ennui, à propos de Maurine bisexuelle, c'est est qu'elle renforce l'un des stéréotypes les plus communs à propos de la bisexualité : la débauche. L'essayiste Lindsay Ellis résume au mieux le personnage, la décrivant comme

« la Coucheuse de LaCoucheuse-Coucheville qui veut coucher avec chaque être humain, parce que bi  » (extrait de cette vidéo  (18))

Tang Yi n'est pas comme ça. Certes, il embrasse Andy dans le bar, mais ils ne sont pas en couple. Tang Yi le décrit plus tard comme un simple ami, et demande un baiser comme une « faveur ». Bien que Tang Yi essaie vivement de rendre Shao Fei jaloux (dans un premier temps), ce n'est pas un tricheur, comme l'est Maurine. Il est juste un gars qui aime les gars et les filles. Il ne présente aucun des stéréotypes négatifs associés aux bisexuelles. Les gens sont prêts à tout pour se retrouver avec lui, mais il n'est pas plus enclin à tricher que n'importe qui d'autre. Il est simplement… un gars. Avec de très belles pommettes. Et des vêtements de luxe.

Et qu'en est-il de notre glorieux, gentillet et un peu stupide héros, Shao Fei ? Ici encore, tout comme pour Tang Yi, c'est juste un gars (qui semble être lui aussi bi) ; Shao Fei est juste un gars (qui tombe amoureux de Tang Yi). La sexualité de Shao Fei n'est jamais directement exposée, contrairement à Tang Yi. Il y a une plaisanterie anecdotique faite par Li An (19) au début du film, où il suggère que si Shao Fei poursuit aussi longtemps Tang Yi, c'est qu'il est attiré par lui. Mais jamais, après cette plaisanterie, il n'est clairement question de la sexualité de Shao Fei. Pas de grande révélation. Pas d'aveu à une amie proche, rien. Shao Fei n'est pas concerné par les composants de ses attirances au moment où le film se situe, et c'est très bien.

Maintenant, j'ai indiqué au début que je parlerais de harcèlement sexuel. Allons-y ou rendez-vous plus loin.

Dans l'épisode 14, Li Zhi De (20) conduit Tang Yi quelque part et Tang Yi a soif. Il jette un coup d'œil à son placard à Perrier (car bien sûr, il se devait d'avoir quelque chose dans ce genre), pour découvrir qu'il ne reste qu'une bouteille. Il la boit et, bien sûr, l'eau est droguée. Il comprend alors que quelque chose ne va pas et demande au conducteur de faire demi-tour, mais M. Li choisit au contraire de gagner du temps jusqu'à ce que Tang Yi perde connaissance. Alors, il se gare, se glisse sur le siège arrière et embrasse Tang Yi inconscient, avant d'enlever la chemise et la cravate de son patron. Ce dernier ouvre soudain les yeux et commence à le repousser, mais il ne dispose clairement pas de tous ses moyens et se débat pour repousser les avances agressives de son subordonné.

Il y a quelques raisons importantes qui m'ont fait mentionner cette scène. D'abord, il y a un parallèle évident entre cette agression et celles de Jin Teng sur Yi Chen à son domicile, dans Obsessed. Il y a un rapport de force déséquilibré entre les deux parties. Il y a l'idée que la victime a le devoir d'accorder à son agresseur une attention sentimentale et sexuelle. Il y a des protestations d'amour déplacées.

Heureusement, Trapped fait quelque chose que Obsessed ne fait pas du tout : Trapped présente cette action comme totalement mauvaise. Alors que le point d'orgue de Obsessed est une agression qui débouche sur une relation sentimentale, l'agression dans Trapped est une chose affreuse qui laisse tout le monde révolté. Non seulement cette séquence renforce le fait que la contrainte ne peut jamais être un moyen de parvenir à ses fins, mais elle montre aussi que n'importe qui, y compris un homme aux vêtements de luxe, un vrai gangster comme Tang Yi, peut devenir la victime.

Pour finir, je parlerai rapidement de la façon dont Trapped se comporte vis-à-vis des archétypes de l'« uke » et du « seme ». J'ai dit que ces rôles, dans une fiction, sont « plutôt néfastes », mais j'ai voulu attendre d'avoir vu Trapped avant de me prononcer sur cette condamnation. Si vous n'êtes pas au courant, ces archétypes viennent du yaoi où, dans une relation gay, « uke » désigne le passif et « seme », l'actif. Il me semble que @desertgourd, sur Tumblr, en ont fait la meilleure analyse quand ils ont écrit, dans un billet de 2015  [⇒] que ce stéréotype
« efface l'identité des personnes LGBTQ parce qu'elle réduit toute leur personnalité au masculin/plus-gros/actif et au féminin/plus-petit/passif, reproduisant l'idée commune hétérosexuelle dans laquelle l'homme, plus grand et masculin, protège  la femme, plus petite et féminine, et étendant ce pouvoir (sexuel et autre) sur toute la relation. »

Ce que fait Trapped, c'est de briser cet archétype en présentant Tang Yi et Xiao Fei alternativement dans une position de domination et de soumission. L'auteure a choisi de les montrer agissant et réagissant comme des gens réels plutôt que d'emprisonner ses personnages dans des stéréotypes. L'auteure aurait pu sans difficulté définir Tang Yi par sa seule masculinité, mais ce n'est pas ce qu'elle a choisi. L'auteure a choisi délibérément de nuancer ses personnages, ce que j'apprécie énormément. Oui, ce film est clairement destiné à des femmes, mais il sait offrir tous les frissons romantiques que ce public recherche dans ce genre tout en évitant les stéréotypes nocifs. J'aime ça. (21)


Nous voici donc arrivés. J'ai commenté toutes les séries de la franchise HIStory mises en ligne à l'heure actuelle. Les saisons 2 et 3 sont-elles parfaites ? Certainement pas. Mais ce serait une négligence de ma part si je ne mettais pas en lumière tout ce qui est apporté non seulement dans cette franchise mais aussi dans le BL en tant que genre.

Certaines pourraient ne pas voir l'intérêt de parler de tout ça puisque le BL n'est pas censé être une source importante de représentation. Malheureusement, les intentions ne comptent guère dans le grand plan des choses. Même si les stéréotypes présentés dans ces productions ne sont pas destinés  à nuire aux LGBT+, le fait est que plus vous voyez ces stéréotypes mis en œuvre, plus vous y croyez. C'est pourquoi je pense que des productions comme HIStory, qui ont de larges audiences, ne doivent pas encourager des stéréotypes nocifs qui mènent au harcèlement et aux préjugés dans la vie réelle.

Si les auteures de ces films se soucient tant soit peu des LGBT+, alors leur devoir est de bien les traiter dans leurs fictions. Cela veut dire présenter les abus de telle façon qu'ils n'apparaissent pas comme glorieux. Cela veut dire ne pas renforcer l'archétype du « seme » et de l'« uke », puisqu'il efface l'identité des personnes réelles. Cela veut dire créer des personnages LGBT+ qui sont définis par ce qu'ils sont plutôt que par leur attirance sexuelle. Il y a encore du chemin à parcourir, mais je crois vraiment que Right or Wrong, Boundary Crossing et Trapped vont dans la bonne direction, et cela mérite d'être salué. En tant que queer, je peux assurément dire que je l'apprécie.

Reste à souhaiter que Make Our Days Count suive la voie ouverte par les plus récents de ses prédécesseurs (22).



~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Notes ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
(1)  Chaque série est nommée officiellement HIStory: suivi du titre anglais (il existe aussi des titres en taïwanais). À noter :
Ye Wen Ling
saison 1HIStory:My Herofévrier 20171 h 12.

Pour les trois premières productions, on peut parler à juste titre de mini-séries , puisque leur durée reste inférieure à celle d'un film courant.

Par contre (sans rivaliser avec les trente-sept ou trente-huit heures de The Untamed ), chacune des deux dernières représente quand même plus de cinq films de durée moyenne.

HIStory:Stay Away from Mefévrier 20171 h 11
HIStory:Obsessedfévrier 20171 h 11
 Dark Blue & Moonlightnov.-déc. 20176 h 50
saison 2HIStory:Right or Wrongfévrier 20182 h 56
HIStory:Boundary Crossingmars 20182 h 54
 Love by Chancesept. à déc. 201812 h 05
saison 3HIStory:Trappedavril à juin 20197 h 42
HIStory:Make Our Days Countoct. à déc. 20197 h 55
 TharnTypedéc. 2019 à fév. 202012 h 10

(2)  Malgré une tradition culturelle poussant à remplacer les termes de l'anglais par un équivalent francophone, le nom spoiler  a été conservé dans ce texte ; cette exception mérite d'être expliquée, d'autant plus qu'il s'agit quasiment d'un cas d'école. On sait que spoiler  (le verbe), c'est donner des informations qui gâcheront le plaisir que l'auteure veut procurer en créant une surprise (souvent à la fin de son œuvre) ; pour dire la même chose de manière inverse, c'est gâcher le plaisir que doit procurer une surprise en la révélant prématurément ; notons que ce phénomène réunit deux domaines différents : l'information (révéler) et la psychologie (gâcher un plaisir). L'action que désigne spoiler  n'a elle-même rien de nouveau : un Grec du VIIème siècle avant notre ère dont le fils venait de se lancer dans la lecture de l'Odyssée  pouvait déjà spoiler  en lui révélant qu'Ulysse échapperait au chant des Sirènes en se faisant attacher à un mât de son navire ; mais comme il n'était à la portée que de rares lettrées, ce comportement supportait sans peine l'anonymat ; c'est sans doute la vulgarisation permise par les romans-feuilletons, puis le cinéma et enfin les séries télévisées qui, en multipliant les occasions, a produit le besoin de lui donner un nom (ou, en l'occurrence, un verbe). Et là, il ne reste qu'à observer : les anglophones concernées d'une manière ou d'une autre par ce phénomène ont recouru au verbe to spoil  dont le sens premier est gâcher – d'abord de la nourriture, puis un travail ou même un enfant en le gâtant , enfin un plaisir ; sans doute leur est-il apparu que l'emploi du verbe sans complément (par exemple dans Don't spoil ) suffisait à dissiper toute ambiguïté, et que l'on pouvait faire l'impasse sur l'idée d'information. Le verbe to spoil  a ensuite fourni deux noms dérivés : spoiling  (le fait de…) et spoiler  (l'information qui…).

Et en français ? Dans la pratique, les francophones ont pompé to spoil  pour en faire je spoile, ne spoilez pas , etc. ; mais qu'en avaient pensé leurs têtes pensantes ? Les moteurs de recherche gardent la trace de deux propositions ; l'une venue du Canada, avec divulgâcher, mot-valise ingénieux, mais qui a les défauts de ses qualités :

L'autre prise de position vient de l'Académie française ; sans surprise, elle bannit le verbe spoiler  ; que propose-t-elle alors pour remplacer to spoil  ? En fait, rien, ou un peu de tout, puisque l'auteure de cet avis (paru en septembre 2014) demande de remplacer Ne spoilez pas  par Ne gâchez pas le plaisir ! Ne me racontez rien !
et Ne spoilez pas le film  par Ne dites pas la suite, le dénouement du film !
ainsi, pour remplacer un mot qui désigne une chose bien précise (ôter un effet de surprise en donnant prématurément une information), on se retouve face à trois expressions hétérogènes, gâcher  n'ayant pas de rapport avec raconter  ni le plaisir  avec le dénouement du film .

À l'arrivée, les recommandations semblent illustrer la question récurrente : pourquoi faire simple et net quand on peut faire compliqué et confus ?

Ces exemples sont précédés par une analyse critique dont une phrase est proprement sidérante ; pour dénigrer le verbe spoiler , l'auteure de l'analyse écrit : La construction de cet anglicisme est mal définie en français, puisqu’on le rencontre employé absolument (Ne spoile pas), employé avec comme complément d’objet direct le nom de la personne à qui on raconte l’histoire (Il m’a spoilé) ou le nom de ce dont on parle (Il a spoilé le film).

Or la dernière édition du Dictionnaire de cette même Académie comprend (par exemple) le verbe CHANGER, pour lequel est mentionné un emploi absolu , c'est-à-dire intransitif (Son visage a beaucoup changé ), doublé d'un emploi semi-intransitif (Changer de vêtement ), en plus d'un emploi transitif où le complément d'objet désigne une personne (Changer un malade ) et d'un autre où le même complément désigne un objet lié à cette personne (Changer les vêtements d'un malade ) ; cependant, rien dans l'article ne donne à penser que le verbe CHANGER puisse souffrir d'une construction […] mal définie . Difficile d'imaginer que l'auteure de l'avis ignore les emplois du verbe CHANGER ; faut-il alors voir poindre le spectre de la mauvaise foi ?

Et nous n'avons pas encore abordé le nom spoiler, que l'avis de l'Académie passe sous silence (peut-être était-il peu ou pas utilisé, il y a plus de quinze ans) ; c'est aujourd'hui la forme la plus fréquente, notamment sur les forums où il a même été transformé en balise <spoiler>…</spoiler>, accompagnée de la mention Attention ! Spoiler ; devrait-on vraiment remplacer l'expression par Attention ! Information susceptible de vous gâcher le plaisir procuré par le coup de théâtre final  ?

À titre purement personnel, j'aurais choisi Attention ! divulgue. – une divulgue, garde cette divulgue pour toi . Mais ce serait à mes risques et périls, et hors de propos quand il s'agit du texte d'autrui.

(3)  Le terme de représentation  demande à être commenté.
(4)  Cet ensemble de séries se distingue aussi des deux citées précédemment par son origine : il s'agit de productions taïwanaises, alors que toutes les autres viennent de Thaïlande.

On trouve aussi des BL  coréens et, dans un format moins professionnel, vietnamiens ou philippins ; pour la Chine continentale, la censure du gouvernement de Pékin ne laisse passer que des versions édulcorées en bromances, dont les aventures de Wei Wu Xiang et Lan Zhan, dans The Untamed , sont l'exemple le plus connu.

(5)  Sans doute pour Man Loving Men  (= homme qui aime les hommes).
(6)  MyDramaList, site consacré aux films et séries asiatiques, sur lequel les deux articles ont été publiés ; en plus des commentaires, les productions les plus importantes font l'objet d'analyses (reviews ) rédigées par les abonnées du site.
(7)  KearaMH emploie l'expression gender benders , mot-à-mot les détourneurs de genre , c'est-à-dire des femmes se faisant passer (par les vêtements et le comportement) pour des hommes – ou vice-versa ; contrairement à ce que peut laisser penser le mot gender , cela n'implique pas le sentiment d'appartenir à cet autre genre.
(8)  L'expression Gay Panic  (le ™ est ici ironique) est censée désigner l'effroi ressenti par un homme hétérosexuel quand il se découvre séduit par un autre homme.
(9)  L'article et les commentaires (ainsi que la note ci-après) expliquent l'archétype uke /seme , qui mêle pratique sexuelle et rôle social ; mais l'opposition top /bottom  n'a pas cette polysémie ; le top , c'est celui qui sodomise (l'actif) et le bottom , le sodomisé (le passif). Quand Meng Meng parle de definite top , elle demande donc si Cheng Qing est l'enculeur patenté. So cute, miss!  Quelle jeune fan  d'un couple hétérosexuel irait demander au mari s'il prend sa femme en levrette ou s'ils choisissent la position du missionnaire ?
(10)  Encore un nom fuyant la traduction ; bien sûr, il s'agit de déguisement  (cos  pour costume) et de joueur  (player ), mais ces deux mots ne rendent pas compte du caractère personnel pris par ce jeu et ce déguisement ; il ne s'agit pas de ce que cherchent les enfants en jouant à la marchande ou en s'achetant une panoplie de sapeur-pompier – imiter la vraie  vie ; c'est au contraire se transformer en personnage d'un monde imaginaire, dans la science-fiction, le manga, le dessin animé. La prochaine fois, peut-être, je tenterai joueur adepte de déguisement fictionnel fait maison  – sans oublier gay , bien sûr.
(11)  (11)  Comme KearaMH l'indique plus bas dans l'analyse consacrée à Trapped,
ces archétypes viennent du yaoi où, dans une relation gay, uke  désigne le passif et seme , l'actif .

On peut ajouter que, dans le prolongement de ce que mentionne un peu plus tard le billet de @desertgourd, ce stéréotype déborde de la sphère sexuelle pour faire du seme  le partenaire masculin/plus-fort/protecteur et de l'uke , le féminin/plus-faible/immature. L'étiquetage husband /wife  se retrouve explicitement dans certaines séries, bouclant ainsi la boucle du navrant « qui fait l'homme et qui fait la femme ?  ».

(12)  de bisounours essaie de traduire uwu  – difficile à rendre puisqu'il s'agit de l'équivalent d'un émoticon représentant un visage trop heureux  et/ou trop gentil .
(13)  Cette fin de paragraphe commente deux photos reproduites vers le milieu de l'article original.
(14)  Ces deux initiales doivent correspondre à Parental Guidance  qui signifie que le film ou le jeu, bien que destiné à tous les âges, peut comprendre des éléments laissés à l'appréciation des parents.
(15)  C'est un autre aspect toxique, dans le prolongement des fujoshis  : un BL où les deux garçons ne s'embrassent pas aura droit à des commentaires dépités, voire courroucés ; pire encore, le SAV-fans  : les deux acteurs devront rejouer leur rôle encore et encore lors des tournées-spectacles, permettant à mademoiselle « Meng Meng c'est tellement moiiii » de voir (de loin) un baiser en chair et en salive ; et, pour boucler la boucle, une bonne partie des fans restera persuadée (ou voudra se persuader) que, dans la vie réelle, les deux garçons forment un vrai  couple – alors même que, dans la grande majorité des cas, lesdits acteurs sont hétérosexuels pur jus. Car c'est l'un des vertiges de l'affaire : les fantasmes des fans ont besoin de personnages gays (c'est le godemichet des fujoshis ), mais, en bonnes hétéros, il leur faut des corps de vrais mâles  ; les directeurs de casting refusent donc le plus souvent de faire jouer ces rôles de gays à des gays parce qu'ils ne paraissent pas assez… hétéros. Et les choses tournent à la farce quand (c'est un scénario banal) l'histoire repose sur un gay tombant amoureux d'un hétéro (ou bi, pour la forme) ; c'est alors le gay qui va tenir le rôle de prédateur, donc de seme , donc de top , et l'hétéro se retrouve dans la peau de l'uke  en victime pantelante (voir Obsessed).
(16)  On pourra trouver à cette adresse  [⇒] la page du wiki consacrée à Maureen Johnson.
(17)  Peut-être s'agit-il de la chanson Over the Moon .
(18)  Pour voir cette vidéo, ouvrir la page originale de l'article à cette adresse.  [⇒], chercher l'expression taken from this video here  et cliquer sur here.
(19)  Li An est l'un des coéquipiers de Shao Fei, travaillant sous ses ordres ; l'article n'en fait pas mention mais le couple Tang Yi-Shao Fei a comme un écho dans la relation entre Jack (le principal homme de main de Tang Yi) et Li An ; écho un peu déformé parce que les forces sont moins équilibrées : c'est Jack qui veut Li An, et ce dernier ne peut guère que suivre le mouvement ; mais on reste loin d'Obsessed d'abord parce que le rapport de force tient plus au caractère et à la situation sociale des deux hommes qu'à un rôle sexuel (jamais évoqué) ; ensuite parce que leur relation est conçue par les auteures comme devant apporter un contrepoint souriant aux tensions dans lesquelles se débattent leurs chefs .
(20)  Li Zhi De est l'autre principal homme de main de Yang Ti – d'où une rivalité avec Jack ; mais le choix des auteures est clair : Jack est le bon – amusant, sympathique et surtout loyal (professionnellement envers Tang Yi, sentimentalement envers Li An) ; Li Zhi De est le méchant – menteur, assassin, trahissant Tang Yi par dépit amoureux après l'avoir trahi par intérêt ; l'agression dans la voiture n'est que la cerise sur le gâteau.
(21)  Dans son analyse, KearaMH ne parle pas de l'épilogue de cette série ; pourtant, précédemment, elle avait noté que « Boundary Crossing est l'exemple lumineux de comment des couples gays peuvent aussi rencontrer un dénouement heureux. », et elle place Trapped au-dessus de Boundary Crossing ; mais la fin de Trapped est plus ambiguë (un commentaire posté sur MDL  parle de fin amazing, bittersweet  – étonnante et aigre-douce) ; il faut dire que la situation est aussi plus complexe que dans la série précédente : on n'a pas à faire à deux étudiants mais d'un côté à un policier dont le service vient d'être désorganisé par l'arrestation de son supérieur hiérarchique pour corruption, en même temps qu'un autre de ses collègues, et de l'autre au chef d'un gang, certes en voie de réhabilitation et loin du criminel sanguinaire, mais dont les méthodes s'écartent parfois nettement du droit chemin de la légalité ; difficile, dans ces conditions, de terminer sur l'image de Shao Fei apportant ses chaussons à un Tang Yi de retour d'une expédition punitive ; même hors BL, une certaine bienséance morale veut sans doute que Tang Yi passe par la case prison  ; de ce point de vue, le parti pris par les auteures paraît honnête : Shao Fei accompagne Tang Yi jusqu'au perron de tribunal dans lequel Tang Yi va être jugé ; la morale est sauve ; après, on l'a déjà dit, Tang Yi n'est pas Pablo Escobar ou Al Capone ; avec l'aide de bons avocats (aussi stylés que ses costumes), il ne devrait pas croupir trop longtemps derrière les barreaux ; et, sans trop de naïveté, on peut imaginer que Meng Shao Fei viendra l'accueillir à sa sortie de prison comme il l'a accompagné jusqu'à l'entrée du tribunal. Pas exactement une fin heureuse donc (comme Yi Jie serrant Sheng Zhe dans ses bras, dans Right or Wrong), mais une fin ouverte, et ouverte sur un espoir raisonnable.
NB- pour bien presser le citron, une suite a été donnée à la nouvelle dont est tiré Trapped ; cette suite (écrite par une autre auteure que la première) laisse Tang Yi quatre ans en prison ; information  qui vaut ce qu'elle vaut.
(22)  L'annexe ci-dessous donne quelques indications sur ce qui est venu après Trapped.
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Annexe : Et à part ça ?


Les deux articles ci-dessus sont les derniers que KearaMH a rédigés pour MDL  ; par la suite, elle a écrit quelques présentations mais sans lien direct avec les BL  ; en particulier, elle n'a rien publié à propos de Make Our Days Count (pas même un simple commentaire – du moins à ma connaissance). Il n'est donc pas possible de savoir ce qu'elle a (ou aurait) pensé de MODC comme des autres productions commentées plus bas, et il serait inconvenant de vouloir parler à sa place. Ce qui suit ne représente donc que ma vision de ces séries, mais au regard de la thématique mise en place dans ses articles.



q  Make Our Days Count : le dernier rejeton de HIStory a été mis en ligne d'octobre à décembre 2019.

Pour dire les choses en peu de mots : après Right or Wrong ou Trapped, c'est une déception teintée de rage qui l'emporte. Pour en expliquer les causes, il faut considérer avant tout le choix de l'épilogue – abondamment discuté dans les revues  et commentaires sur MDL  aussi bien que sur YouTube  (où il fait l'objet de plusieurs vidéos dédiées). Bien sûr, commencer par la fin n'est pas la façon de faire la plus naturelle ; qui plus est, même après recherches et enquêtes, certains points restent incertains. Essayons quand même.

NB- Comme pour les autres séries, la division en épisodes varie d'une distribution à l'autre ; le commentaire ci-dessous se réfère à la version en dix épisodes (qui est celle de Rakuten Viki ).

Le sujet principal de MODC est la relation entre deux élèves d'une classe terminale de lycée : Xiang Hao Ting (interprété par Song Wei En (1)) et Yu Xi Gu (joué par Huang Chun Chih) ; on verra plus bas leurs traits respectifs, mais disons dès maintenant que tout les oppose – aux deux sens de l'expression : ils sont très différents et, au début de l'histoire, leurs sentiments réciproques oscillent entre l'antipathie et le mépris ; les sept premières heures de la série montrent donc comment ils passent de l'hostilité à l'amour partagé. Vers la fin de l'épisode 9, les deux garçons reçoivent leurs quatre copains attitrés (Sun Bo Xiang, John et deux frères (2)), façon de pendre la crémaillère de l'appartement où ils vivent désormais en couple. Quelques jours plus tard, on retrouve les deux futurs étudiants en pleins préparatifs du déjeuner auquel sont invités les parents de Hao Ting ; Yu Xi Gu s'aperçoit alors qu'il n'y a plus de sel, et il part en acheter ; peu après, son ami retrouve la salière et sort à son tour pour aller le prévenir ; l'image cadre le visage de Hao Ting, apparemment heureux d'apercevoir Yu Xi Gu au loin ; mais son visage change et semble se remplir d'inquiétude ; fin de l'épisode 9.

Si vous ne croyez pas que, dans un film, seuls le malheur, le chagrin et la souffrance méritent d'être montrés et vus, arrêtez ici le visionnage de la série, et rendez-vous à l'épilogue présenté plus bas dans la section  Fin alternative.

Sinon, si vous ne crai[gnez] pas les peines cruelles , à vos mouchoirs.

Épisode 10 - première moitié : Hao Ting (qui porte maintenant des lunettes) vit à nouveau chez ses parents ; il parle avec sa mère de ses études et de son prochain départ pour une université états-unienne ; leur conversation fait supposer que plusieurs années ont passé depuis la fin de l'épisode 9. Un peu plus tard (3), il retrouve ses quatre amis de lycée dans un café pour un pot de l'amitié ; à ce point, (la scène se termine vers la dixième minute de l'épisode), on n'a vu nulle part Yu Xi Gu et personne n'a mentionné son nom ou fait allusion à son existence ; puis Hao Ting retourne dans sa chambre pour préparer ses bagages ; à la fin de son tri, il arrive à une boîte métallique, dont la vue semble l'émouvoir ; nous quittons Hao Ting au bord des larmes pour une séquence consacrée à l'homme avec qui Sun Bo Xiang vit en couple ; puis nous retrouvons Hao Ting dans la rue, se rendant dans un (autre) café ; à travers la vitre, il voit le garçon qui l'y attend (le même que celui de la note  (3)) ; après un moment de trouble, Hao Ting entre et va s'asseoir en face de lui ; leur conversation nous apprend que le jeune homme est un junior , un lycéen dont Hao Ting est le tuteur , un aîné (senior ) chargé de le conseiller et de l'aider pour ses études ; or ce lycéen a tout du sosie de Yu Xi Gu (ce qui n'a rien d'étonnant puisque c'est Huang Chun Chih qui tient le rôle), mais en beaucoup plus expansif et enjoué ; le junior  reproche à Hao Ting de ne pas lui avoir parlé du retour annoncé de sa petite amie – une aînée  dont il a fait la connaissance à l'université ; Hao Ting abrège la rencontre et dit adieu au lycéen ; il retrouve alors sa sœur qui l'accompagne dans un magasin pour compléter les vêtements à emporter ; or l'une des vendeuses le reconnaît : elle était plus ou moins sa petite amie (4) au temps du lycée ; les deux se retrouvent dans un café (encore un autre), et la jeune fille évoque le passé ; au détour d'une phrase, elle mentionne Yu Xi Gu, dont le nom fait réagir Hao Ting ; c'est à ce moment (vers la moitié de l'épisode) et par sa bouche que nous apprenons que Yu a été renversé et tué par une voiture (d'où l'image finale de l'épisode 9) puis qu'il a été enterré à la sauvette (il était orphelin) ; elle prononce ensuite deux phrases sur lesquelles nous reviendrons dans le commentaire de la deuxième partie de l'épisode ; mais, avant cela, il faut faire le point sur cette première partie et justifier la déception teintée de rage .

C'est bien sûr la mort de Yu Xi Gu qui est au cœur du débat ; deux façons de voir et de réagir s'opposent :

Ce ne sont pas tant deux opinions différentes que deux priorités, deux regards : les unes privilégient une certaine théorie (liberté artistique, force émotive, archétypes dramatiques), les autres s'attachent d'abord aux conséquences pratiques (image produite et ressentie, représentation, stéréotypes nocifs).

Pour défendre (ou, du moins, refuser de condamner) le misérabilisme commun à tant d'épilogues de BL  (et, plus largement, de productions centrées sur des personnages LGBT+), beaucoup développent le parallèle esquissé plus haut : qui irait demander à Cameron de refaire Titanic  en mettant Jack dans un canot de sauvetage ? qui s'associerait à la demande d'un syndicat professionnel d'interdire Le Boucher  parce que le personnage éponyme y est un assassin ? Alors, pourquoi ces récriminations des LGBT+ ?

Un vieux slogan publicitaire disait qu'il faut comparer ce qui est comparable . Et en effet, demandez à des personnes hétérosexuelles (ce n'est pas ce qu'il y a de plus difficile à trouver) de faire la liste de tous les gens qu'elles ont rencontrés dans leur journée (ou simplement croisés, voire aperçus) ; puis, une fois leur liste terminée, d'y encadrer les LGBT+ ; combien de listes n'auront pas un seul nom d'encadré ? En dehors des personnalités  dont on entend seulement parler ou qu'on ne voit qu'en images, la grande majorité des hétérosexuelles ne connaît aucune LGBT+ (ou alors c'est sans le savoir, ce qui revient ici au même). Et le constat ne s'améliore pas quand on passe de l'individu au couple.

C'est là que se situe la différence fondamentale, si souvent oubliée : quand Shakespeare ou Cameron font mourir leur héroïne ou leur héros, tout le monde a en tête, dans son expérience de la réalité, nombre de couples de son entourage, plus ou moins heureux mais bien vivants ; du coup, la tragédie reste dans sa sphère de l'imaginaire – ni plus ni moins marquante que d'autres images , réelles ou fictives ; par contre, en l'absence de tout couple homosexuel connu et fréquenté, il leur faudra faire avec les seules représentations littéraires et cinématographiques, ici détournées de leur rôle naturel.

Faute primordiale aggravée par quatre erreurs (plus ou moins indépendantes) :

  1. la place de MODC dans la franchise  HIStory : il ne fait pas de doute que l'effet aurait été grandement moins détestable si les séries avaient été organisées avec, par exemple, MODC dans History2, faisant déboucher l'ensemble sur Boundary Crossing puis Trapped ;
  2. le jeu de cache-cache de cette première demi-heure : les mêmes qui défendent la tragédie au nom de l'intérêt narratif ont sans doute apprécié les ellipses et les fausses pistes du début ; considérant que l'objet de ces tours et détours sont la mort de l'un des deux personnages principaux, ce jeu me paraît avoir quelque chose de malsain ;
  3. le junior  : même après avoir vu cette partie de la série plusieurs fois, je ne comprends pas le sens  des deux scènes où il apparaît : s'agit-il de suggérer que Hao Ting est obsédé par Yu Xi Gu au point de le voir dans quelqu'un d'autre ? C'est en contradiction avec le reste de la demi-heure où Hao Ting agit et parle comme si Yu n'avait jamais existé. Serait-ce alors que, par le plus grand des hasards, Hao Ting se soit retrouvé tuteur  d'un lycéen qui est le sosie parfait de son amant mort ? Ridiculement peu vraisemblable ; et quand bien même on accepterait cette invraisemblance, que dire de son attitude si banale  en face de ce sosie, à peine réservée quand le lycéen lui parle de sa petite amie ? Et en contradiction totale avec sa réaction au simple nom de Yu Xi Gu quand Li Shiyu le prononce un peu plus tard.
    ......Alors, une fausse bonne idée ? sans doute – mais trouver un tel enfantillage vers la fin d'un drame qui a déjà duré plus de sept heures, il y a de quoi rager.
  4. D'une façon plus générale, à chaque nouvelle vision de l'épisode, quelques éléments s'éclairaient, quelques incertitudes disparaissaient ; mais une telle série n'est pas faite pour être scrutée au ralenti ou disséquée ; tout au mieux peut-on espérer qu'elle ne sera pas regardée en toile de fond d'une autre activité. Sans être nécessairement beaucoup plus bête qu'une autre, on peut garder des vingt-cinq premières minutes (jusqu'à la conversation avec Li Shiyu) l'impression désagréable d'avoir été menée en bateau.

Épisode 10 - deuxième moitié : à la vingt-huitième minute de l'épisode, en guise d'oraison funèbre, Li Shiyu dit à son ancien boyfriend  :
Si je ne t'avais pas vu aujourd'hui, je n'aurais sans doute jamais repensé à lui . (5)
puis conclut par
Ça me fait vraiment plaisir de voir que tu vas bien .

Phrases anodines mais dont la maladresse involontaire va petit-à-petit anéantir Hao Ting : après avoir mis fin à la rencontre sur un simple Merci , nous le retrouvons dans la rue, marchant puis courant de plus en plus vite.

NB- dans la version en vingt épisodes, le Merci  est la dernière image de l'épisode 19 tandis que le trajet dans la rue forme l'ouverture du vingtième.

Au terme de sa course, il arrive dans sa chambre, prend la boîte métallique (6) et, cette fois-ci, l'ouvre. Il en sort quelques photos, un calepin, une montre, objets dont la vue le fait fondre en larmes. Et nous le retrouvons (sans doute quelques heures plus tard) assis sur le bord d'un trottoir sous la pluie, pleurant toujours.

Sun Bo Xiang vient alors le rejoindre et parvient à le ramener chez lui ; dans une scène de près de sept minutes, Hoa Ting (un peu aidé par le whisky) va se confier :
J'ai essayé de l'oublier, j'ai pas pu ; la seule chose que j'ai réussi à faire était de garder son souvenir, je l'ai porté avec moi comme j'ai vécu, mais ça fait si mal. Il me manque vraiment… Il me manque tant… Mon cœur a mal.  (5)

En face, Sun Bo s'emploie à le réconforter, le rassurer.

Le lendemain, revenu dans sa famille (avec le mal de tête promis par l'alcool), Hao Ting ne fait qu'un bref passage à table, le temps que ses parents lui conseillent vivement de se fiancer enfin avec Phoebe (l'aînée dont parlait le lycéen) ; mais il élude les questions.

Après une nouvelle scène centrée sur Sun Bo Xiang et son compagnon Lu Zhi Gang, on retrouve Hao Ting au volant de sa voiture ; il est arrêté à un feu rouge quand traversent deux collégiens dont l'intimité ne fait pas de doute ; Hao Ting revoit alors quelques moments saillants de ses premières rencontres (plutôt rudes) avec Yu Xi Gu – souvenirs qui lui laissent un visage marqué par la nostalgie ; puis, plus loin, d'autres scènes reviennent : premiers baisers, premières étreintes, activités partagées – souvenirs amenant un début de sourire.

Cette scène est immédiatement suivie, dans le film, par la dernière rencontre entre Sun Bo Xiang et Xiang Hao Ting – à nouveau assis dehors dans la nuit, mais cette fois au bord de l'eau et dans le calme ; on trouvera plus bas, dans la partie consacrée spécifiquement aux échanges entre les deux garçons, un commentaire plus complet de leur conversation ; je ne relèverai ici que les propos de Hao Ting donnant son sens à la fin de l'épisode ; à Sun Bo qui lui parlait de Yu Xi Gu, Hoa Ting répond :
Plus tard, je ferai un voyage dans l'Himalaya. Je pense que je suis prêt pour le voir. 
NB- La montagne est un thème récurrent dans la nouvelle ; la première confidence de Yu Xi Gu à Hao Ting est que, pour lui, ses parents vivent toujours, mais dans une étoile, et qu'il veut monter sur la montagne la plus haute possible pour se rapprocher d'eux. Ce thème est au centre de la Fin alternative, mais il est appréciable de le retrouver ici.

Cette scène marque l'aboutissement de l'épisode, de Make Our Days Count et des vingt-cinq à vingt-six heures de la franchise  HIStory

Comme on peut le constater, cette deuxième partie est aux antipodes de la première, dans l'esprit comme dans la réalisation, et elle ne me paraît pas appeler de critique (en dehors, évidemment, du préalable de la mort de Yu Xi Gu). On peut même être reconnaissant aux auteures d'avoir évité l'hyper-stéréotype si fréquent où l'échec du couple a une cause psychologique ou sociale – l'un des deux choisissant de se marier, d'entrer au couvent, ou simplement de vivre seul pour complaire à son entourage ; ici, le seul responsable est le destin (ou la malchance) ; Yu Xi Gu aura été fidèle à Hao Ting jusqu'à sa mort, et Hao Ting à Yu Xi Gu par-delà même cette mort.

Si la Fin alternative ne vous intéresse pas, rendez-vous directement à l'ensemble de la série.

Fin alternative
NB1- Quelle est l'origine de ce texte ? Une seule chose paraît sûre : il y a au départ un chapitre écrit en chinois ; mais à qui doit-on ce texte ? Trois réponses possibles :
___Trouver qui a fait quoi est d'autant plus difficile que la nouvelle a été publiée après la diffusion de la série qu'elle était censée inspirer ; la troisième hypothèse semble cependant la plus fiable.

NB2-les traductions : on peut trouver au moins deux traductions en anglais ;
NB3- Le texte ci-dessous est donc la traduction en français de la traduction en anglais par davidseern de l'original rédigé en chinois ; toutefois, davidseern signale avoir effectué quelques coupures ; d'une façon comparable, j'ai omis certaines phrases ou certains passages, pour ne pas trop allonger cette section  (8) ; ces suppressions sont signalées par  […] .

marge
__
__Xiang se réveilla en sursaut et ouvrit grands les yeux ; sur le moment, il ne pouvait pas dire où il se trouvait ni même qui il était. Ses joues étaient glacées.
__Il tourna la tête et le visage de Yu endormi lui apparut, un visage maintenant plus plein et en meilleure santé que lors de leur première rencontre au lycée ; seuls n'avaient pas changé ses sourcils et la pâleur de sa peau. Bien qu'il ait passé plus de temps au dehors ces dernières années, sa peau n'avait pas bruni.
__La respiration de Yu était profonde et lente, c'était la technique de respiration idéale pour les ascensions.[…]
__Xiang inspira profondément et comprit alors qu'ils étaient tous les deux dans l'auberge de la montagne PaiYun, attendant l'ascension du lendemain.
__Xiang avait fait un cauchemar. Il était trempé et son sac de couchage était brûlant de sueur. Il regarda autour de lui, voyant seulement le clair de lune qui se glissait dans la chambre. Il essaya de s'asseoir et de se sécher avant le petit déjeuner, mais ses mouvements réveillèrent Yu qui émergea de son sommeil et murmura : « C'est l'heure ? » Il y avait d'autres grimpeurs qui partageaient leur chambre, et Yu ne voulait pas les déranger.
__Xiang répondit : « Pas encore. »
__Il montra du doigt ses cheveux mouillés. « Ils sont trempés. »
__Yu s'assit et chercha à tâtons autour de lui une serviette de toilette à peu près sèche […]. Quand la clarté de la lune arriva sur le visage de Xiang, Yu remarqua sa pâleur extrême. […].
__Il demanda avec inquiétude : « Tu as eu un cauchemar ? » […].
__Xiang répondit : « J'ai fait le même rêve… Tu as un accident, ton corps est couvert de sang… » Xiang était visiblement effrayé par ses propres paroles et incapable de continuer ; les images de son cauchemar le hantaient […].
__L'accident… ce jour-là, les blessures subies par Yu avaient mis sa vie en danger, son cœur s'était presque arrêté. Mais dans le cauchemar, Yu mourait dans l'accident (9), laissant derrière lui Xiang continuer le voyage de la vie – entrer à l'université, rejoindre le Département des recherches en Physique. Toute sa vie, Xiang serait seul, une vie totalement vide, une vie de peur et d'effroi, de jour comme de nuit…
__Yu murmura : « Ça fait si longtemps, maintenant… » Il fixa son regard sur Xiang ; ses yeux pleins de douceur et de tendresse devinrent plus attentifs et émus. « Je suis là, n'aie pas peur. »
__Xiang prit Yu et le serra contre lui ; son corps enveloppa le corps de Yu, avec tant de force qu'on aurait dit qu'il voulait le faire sien. De toutes les choses de sa vie, Yu serait certainement son trésor le plus précieux. […]
__Xiang dit : « Tu m'as promis de rester avec moi pour toujours ! Tu n'as pas le droit de manquer à cette promesse ! » Tout-à-coup, il sentit qu'on lui frappait la poitrine, les mains qui enserraient son dos se mirent à trembler de façon inquiétante. Xiang comprit alors qu'il s'était conduit de façon stupide : même s'il lui arrivait d'éprouver du chagrin ou du désespoir, il devrait le garder pour lui ; pour l'instant, il ne faisait que noyer Yu dans ses propres frayeurs.
__[…] Xiang cligna des yeux et monta un peu le son de la musique de fond.

__Leur départ de l'auberge marquait le commencement du premier jour de leur ascension ; ils devaient, en une journée, terminer cette ascension et revenir par la même voie jusqu'à un refuge à mi-chemin, avant de terminer la descente le lendemain.
__Xian avait commencé à se frotter à l'escalade et aux montagnes quand il était entré au lycée, mais Yu n'avait jamais pratiqué d'activité physique. De plus, il […] devait compter avec les blessures occasionnées par l'accident. Même s'il tenait à conquérir lui-même les sommets, il lui fallait se ménager.
[…] (10)
__Comme Xiang et Yu étaient les grimpeurs les moins expérimentés du groupe, ils marchaient derrière tous les autres, à l'exception du dernier de cordée – le meilleur d'entre eux – chargé de porter secours en cas d'urgence.
__Pendant toute la montée, personne ne força l'allure. L'ambiance était apaisée et joyeuse, on pouvait entendre les grimpeurs rire et se parler. Dans le groupe, la seule personne silencieuse et réservée était Xiang. Ce n'est que quand Yu se retournait pour le regarder qu'il affichait son plus beau sourire ; il n'arrivait pas à oublier le cauchemar de la dernière nuit. […]
__Le serre-file nota que les pas de Xiang étaient mal assurés, et il s'en inquiéta : « Tout va bien ? » Xiang répondit : « Oui, ça va. Je pensais seulement à quelques problèmes… » L'autre reprit : « Il faut faire attention au chemin de la montée. Si vous perdez l'équilibre, si vous vous blessez, vous devrez abandonner l'ascension et retourner à l'auberge pour y attendre les autres. » Il lui tapa sur l'épaule pour qu'il reprenne le sentier de la montée. […] (11)
__Quand le soleil matinal émergea des montagnes, Xiang accéléra le pas pour se rapprocher de Yu ; il nota que celui-ci avait le front couvert de sueur ; il enleva le linge de son poignet et s'en servit pour essuyer le front de Yu, qui le remercia […] et ajouta : « Tu penses encore à ce cauchemar ? » Xiang mentit : « Non ! Je pensais seulement à la vue splendide au sommet, quand nous y serons tous les deux. » Yu reprit malicieusement : « Il faudra que la vue soit assez belle pour te faire oublier ton cauchemar. »
__Yu n'était plus un jeune garçon innocent et naïf ; après avoir passé toutes ces années avec Xiang, il le comprenait mieux que personne, et il choisit de ne pas entrer en discussion pour le moment. Il se contenta de poursuivre la conversation, en évitant la question qui lui brûlait les lèvres.
__Il lui rendit son linge tout en poursuivant la montée. Pendant quelques instants, il prit la main de Xiang, avant de la lâcher. Se tenir par la main, dans une ascension, peut être extrêmement dangereux, mais il espérait faire ainsi passer dans la paume de Xiang un peu de chaleur qui éloignerait le cauchemar de la nuit.
[…]
__Quand il atteignit le sommet, Xiang fut stupéfié par le paysage des forêts bleu de jade. Pas un nuage à l'horizon, le ciel était si pur qu'on pouvait voir la forêt sur des kilomètres et des kilomètres. La lumière tombant du ciel baignait d'un reflet doré le bleu de jade de la canopée. La vue était étincelante et pourtant reposante.
__Bien que le soleil soit juste au-dessus d'eux et sans voile nuageux, il ne faisait pas chaud du tout. Le temps agréable et le vent frais séchèrent la sueur de leurs dos. Le chef du groupe leur demanda d'aller déposer leur matériel dans une zone commune avant d'explorer librement le sommet.
__Les autres grimpeurs prenaient des photos du paysage grandiose avec la plaque du sommet pour prouver qu'ils y étaient bien parvenus, mais Xiang ne se joignit pas aux réjouissances. Il attrapa la main de Yu et l'entraîna à l'écart du groupe, préférant rester seul avec lui.
— Quel dommage que nous n'ayons pas pu arriver au sommet de nuit.
— Tout va bien.
__Pour Yu, ce contre-temps n'était pas très grave. Après tout, la Montagne de Jade n'était que la première marche dans leur conquête des sommets.
— Quand nous serons de retour à l'auberge, je leur dirai que nous avons franchi la première étape et que nous nous sommes rapprochés d'eux d'un pas ! […] Et ils seront très heureux.
— Sûr ?
__Yu eut un petit sourire et regarda autour de lui ; il vit que les autres grimpeurs étaient encore rassemblés autour de la plaque ou bien regardaient le paysage. Quand il fut certain que personne ne les regardait, il colla un baiser sur la joue de Xiang et lui dit
— Merci pour tout. — Dire merci n'est pas suffisant ; tu aurais pu m'embrasser un peu plus ! — Nous sommes en public !
__Yu était incapable d'embrasser Xiang sous le regard des autres. Ils se regardèrent et sourirent. Yu posa sur son cœur leurs deux mains enlacées ; c'était sa façon de montrer à Xiang qu'il l'aimait. Une promesse silencieuse peut être plus belle qu'un serment récité.
__Ils étaient tellement plongés dans leur propre monde qu'ils n'avaient pas noté que la nuit n'était plus très loin. C'était, pour le groupe, l'heure de redescendre. Ils s'aperçurent alors qu'ils n'avaient pris aucune photo du sommet ; ils demandèrent donc à leurs compagnons de les aider à prendre vite quelques clichés les montrant au sommet près de la plaque, puis ils remballèrent en hâte leur matériel. Les autres rirent de ces deux gentils garçons qui vivaient dans leur univers à eux.
__Il faisait nuit maintenant. Les autres alpinistes n'étaient pas encore allés dormir, ils parlaient de ce qu'ils avaient ressenti en haut de la montagne.
__Xiang apporta à Yu une tasse de coca chaud.
— Tu es heureux ?
— Très heureux ! Nous sommes allés au sommet ensemble, et tu es venu avec moi rencontrer mes parents. Je suis heureux.
__Yu eut un sourire lumineux.
— Ah ! autre chose : est-ce que tu te sens bien ? Est-ce que tu as encore ces bourdonnements d'oreille, des sensations de vertige ou de nausée ?
— Non !
__Xiang savait où Yu voulait en venir, il devait se faire encore du souci à propos du cauchemar. Pourtant, Xiang ne prêtait plus vraiment attention à ce rêve, il pensait déjà à la prochaine montagne à vaincre. La montagne Yang Ming ne devrait pas être trop difficile à escalader, et ils pourraient se baigner dans les sources chaudes situées sur leur route. Ce projet avait tout pour plaire à Xiang.
__Yu lui dit : « Très bien. Je t'en prie, arrête de penser à des rêves dépourvus de sens ; nous avons encore beaucoup de vies devant nous. Nous avons encore beaucoup de montagnes à vaincre à Taïwan. Et après, nous devrons aussi regarder du côté des autres montagnes, au-delà de Taïwan. Et, au bout, il y a la plus haute montagne du monde. »
__Projet irréaliste ? mais l'avenir leur appartenait, plein d'occasions et de possibilités. Et puis, inutile de s'inquiéter de ne pas atteindre le but ultime ; il fallait seulement se mettre en route. L'ascension de la montagne de Jade serait cette première étape.
__Xiang dit : « Père Yu, Mère Yu. Je sais que vous pouvez m'entendre l'un et l'autre. »
__D'une main, Xiang prit l'épaule de Yu pour le rapprocher de lui ; de l'autre, il sortit de sa poche une petite boîte ronde. Il s'était préparé depuis bien longtemps, mais il avait choisi ce moment-ci pour s'engager devant Yu. Ce dernier tourna son regard vers le visage de Xiang ; il ne se rendit pas compte que ses doigts avaient rejoint ceux de Xiang, qui poursuivit :
— Nous avons fait de notre mieux aujourd'hui, et nous avons atteint le sommet de la Montagne de Jade. C'est dommage que n'ayons pas pu y arriver de nuit et ainsi vous parler depuis le sommet.
__Yu, qui était blotti contre Xiang, frotta doucement sa tête sur la poitrine de son ami, en un geste plein de douceur. […]
— À l'avenir, nous continuerons tous les deux à vaincre plus de sommets. Notre ultime but est l'Himalaya, où Yu sera au plus près des Nébuleuses. Alors, je vous demanderai à tous deux de me confier votre fils. D'ici là, je vous demande d'être patients et de nous attendre encore un peu. Je promets de traiter votre fils du mieux que je pourrai. Je prendrai soin de lui.
__Yu lui répondit en riant :
— Pourquoi es-tu soudain si sérieux et solennel ?
__Xiang dit seulement : « Xi Gu ».
__Il prit une inspiration, sortit de la boîte un objet métallique circulaire, le tint au-dessus de la main de Yu puis le lui passa au doigt. Il lui laissa le temps de se remettre de sa surprise. Yu examina de près l'objet glissé à son doigt : c'était un anneau en argent. […] Xiang reprit :
— Cet anneau est la marque de mon engagement envers toi.
__Avec la même solennité, il sortit de la boîte un autre anneau qu'il plaça dans la paume de sa main.
— J'ai fait graver nos noms à l'intérieur des anneaux. Aujourd'hui est pour nous un jour spécial ; il est juste que nous le fêtions. […] Le jour où nous gravirons l'Himalaya, il ne s'agira plus d'une bague de fiançailles, ce sera un anneau de mariage. Et pour le coup, tu n'auras plus le droit de dire « Non », seulement « Je suis d'accord. »
— Xiang Hao Ting…
__Yu ne savait quoi dire, […] il était tellement ému que ses yeux s'embuèrent et qu'il fut au bord des larmes.
— Où donc les gens agissent-ils de la sorte et quels gens ?
__Xiang répondit en souriant : « Ici. Moi. »
__Puis il demanda à Yu de lui passer l'anneau au doigt. […]. Xiang murmura « Xi Gu », en promenant doucement ses lèvres sur les joues de Yu, avant d'embrasser ses lèvres. L'odeur du coca chaud devint plus intense et la respiration de Yu s'accéléra. Il reprocha à Xiang d'oublier qu'ils étaient tous les deux en haute montagne : une telle action risquait de troubler le rythme respiratoire, il fallait s'en garder ; il détourna donc le baiser de Xiang.
— La prochaine fois, ce sera à moi de choisir les bagues de mariage.
__Yu se glissa contre Xiang et se cacha sous sa veste, ne laissant dépasser que sa tête, tandis qu'il se pelotonnait contre sa poitrine […]. Xiang répondit :
— À vrai dire, nous pourrons choisir le modèle ensemble ; Sun Bo connaît le bon endroit pour ça. D'ailleurs, ces anneaux-ci viennent de l'endroit qu'il m'a indiqué.
__Tous deux se mirent à parler doucement. Leurs yeux reflétaient les lueurs des étoiles dans le ciel, et les étoiles envoyaient leur éclat dans leurs iris, tandis qu'ils confiaient aux astres leur désir de marcher main dans la main, jusqu'au bout, pour tout leur vie à venir. Et les étoiles semblaient accepter leur promesse en les baignant dans leur lumière pleine de douceur et de force.

L'ensemble de la série : 

Avant même d'aborder les thèmes développés dans la grille de lecture des deux articles, il faut parler de l'histoire et de ses personnages ; et là, on ne peut que regretter un manque d'originalité flagrant aussi bien dans l'ensemble que dans les détails, au moins pour les premiers épisodes :

Et pourtant… Quand on en vient aux thèmes des articles de KearaMH, le bilan paraît moins négatif, avec deux verres à moitié vides, et deux autres plutôt bien remplis.

  1. On ne trouve pas, dans MODC, de fujoshi  comme Meng Meng ou Lemon ; la relation entre Yu Xi Gu et Xiang Hao Ting est trop improbable et tardive, et celle de Sun Bo Xiang avec Lu Zhi Gang reste totalement extérieure au lycée ; on pourrait donc considérer le bilan comme favorable si les jeunes filles présentées dans la série (Li Shiyu et Men Fang, pour l'essentiel) ne montraient pas, dans leur quête (purement hétérosexuelle) d'un garçon, la même hystérie et les mêmes comportements puérils que les fujoshis  ; et il faut ajouter que le rôle dévolu à la mère de Xiang Hao Ting ne relève pas le niveau.
  2. Le stéréotype seme /uke  fait lui aussi l'objet d'un traitement mi-figue mi-raisin :
    •  si l'on s'en tient au simple résumé du duo Xiang Hao Ting-Yu Xi Gu, on a l'opposition convenue entre un garçon sûr de lui, envié, disposant de (presque) tous les moyens matériels qu'il désire et un autre réservé, plus respecté qu'admiré, et dramatiquement pauvre ; et quand les deux ont brisé la glace, c'est bien Hao Ting qui essaie d'aller de l'avant, Yu freinant de toutes ses forces.
    •  Mais ce stéréotype est dépassé de plusieurs façons. D'abord, Yu domine Hao Ting dans deux domaines : la réussite scolaire (dont l'aspect social n'est pas négligeable dans le monde taïwanais) et surtout, sa pauvreté fait aussi de lui un adulte (il vit seul et travaille dans un bar), là où Hao Ting reste un enfant (qui vit chez ses parents et dépend d'eux matériellement). Ensuite, s'agissant de l'aspect plus physique de leur relation, Hao Ting n'a rien d'un nouveau Jin Teng (peut-être parce qu'il est novice en la matière…) ; lorsqu'il va retrouver Yu chez lui en souhaitant passer enfin à l'acte et que Yu le repousse, il s'en va.
  3. Mais le bilan serait incomplet si l'on ne parlait pas de l'autre duo, le couple secondaire  dans la terminologie des BL , composé de Lu Zhi Gang et Sun Bo Xiang ; le stéréotype y est encore plus malmené, puisqu'il offre un double écho de Right or Wrong et de Boundary Crossing.
    •  Comme dans le duo Shi Yi Jie-Fei Sheng Zhe de Right or Wrong, Lu Zhi Gang a une position sociale dominante : de cinq à six ans plus âgé que Sun Bo, il est le patron d'un petit restaurant, quand l'autre est encore lycéen ; de plus, Zhi Gang s'entraîne tous les jours dans la salle de musculation (c'est là qu'il a rencontré Sun Bo, qui y travaille comme agent d'entretien) ;
    •  et pourtant, c'est Sun Bo qui, le premier, le coince contre un mur pour l'embrasser et (dans une scène au réalisme assez inattendu) se montre le plus actif  ;
    •  par la suite, Zhi Gang imposera une séparation de quelques années pour raisons professionnelles mais Sun Bo dirigera les relations (difficiles) entre le couple et la famille de Zhi Gang.
    •  On retrouve donc ce regard sur un couple d'âge inégal que KearaMH avait salué dans Right or Wrong, mais avec une répartition des rôles encore plus équilibrée ; et la dernière scène est l'occasion pour Sun Bo Xiang de raconter une querelle de ménage qui rappelle les relations heureusement banales de Qiu Zi Xuan avec Xia Yu Hao dans Boundary Crossing. En moins anecdotique, leur image est d'autant plus positive que la patience de Sun Bo permet finalement à Zhi Gang de renouer avec sa famille sans compromis sur sa vie sentimentale.
    •  Au total, Lu Zhi Gang et Sun Bo Xiang ne forment visiblement pas un couple culte  (pas de vidéo consacrée à SunGang, pas de fan-club pour épier les rencontres entre Thomas Chang et Liu Wei Chen) ; mais certainement l'une des meilleures représentations qu'un BL  ait pu offrir, l'une de celles qui font souhaiter que la réalité rejoigne la fiction.
  4. Et nous retrouvons Sun Bo pour une dernière bonne surprise : les scènes où il est en tête-à-tête avec Xiang Hao Ting ; au départ, leur relation est un poncif : Xiang Hao Ting a une petite amie, Lu Shiyu, et un bestfriend (12), Sun Bo Xiang (dont la vie sentimentale est totalement inconnue de ses camarades de classe). Mais les choses vont vite se compliquer, et donner lieu à quelques scènes mémorables :
    •  la première se déroule un soir, sur le trottoir devant un restaurant ; Hao Ting y rencontre Sun Bo qui hésite à entrer pour aller déclarer sa flamme ; Hao Ting regarde par la vitre et s'étonne de ne voir aucune jeune fille ; Sun Bo lui explique alors que c'est un homme qu'il est venu voir ; Hao Ting commence par croire à une plaisanterie mais une fois que Sun Bo l'a détrompé, il le conseille et l'encourage comme si de rien n'était ;
    •  la deuxième scène se situe vers le milieu de la série : Hao Ting, commence à avoir des sentiments  pour Yu Xi Gu et se retrouve du coup dans une situation nouvelle pour lui ; il va donc consulter Sun Bo, pour avoir l'avis d'un expert  ;
    •  la troisième scène réunit les cinq garçons de la bande : certains propos échangés entre Hao Ting et Sun Bo ont surpris les trois autres, qui demandent quelques éclaircissements ; Sun Bo leur dit alors qu'il a une liaison avec un homme ; et Hao Ting ajoute que lui-même est amoureux de Yu Xi Gu ; après un peu de flottement, John et les deux frères en prennent leur parti ; ils iront même jusqu'à emprunter des yaois  dans une bibliothèque pour compléter leurs connaissances ;
    •  restent les deux scènes qui terminent le dernier épisode ; il n'est pas besoin de les reprendre ici puisqu'elles ont déjà été présentées plus haut, avant la Fin alternative. On peut toutefois rappeler comment, dans la première des deux, Sun Bo offre à Hao Ting une suite de symboles protecteurs : son parapluie, sa voiture, sa maison, et son genou sur lequel Hao Ting s'appuie pour finir de pleurer. Quant à la scène finale, un échange de propos (qui n'a pas été mentionné plus haut) mérite qu'on s'y arrête : après que Hao Ting a expliqué ce qu'il comptait faire durant les années à venir, Sun Bo enchaîne :
    — Une fois, tu m'as dit que tu n'aimais pas les garçons, que tu aimais seulement Yu Xi Gu. Mais maintenant que tu l'as rencontré, tu ne ressens rien ? aucune envie d'essayer ?
    — Parce que personne ne le remplacera.

    La dernière question de Sun Bo a de quoi surprendre, parce qu'elle ressemble beaucoup à une offre de service, plutôt inattendue à cet endroit de l'histoire. À l'opposé, la réponse de Hao Ting ne manque pas de force, puisqu'elle constitue, au-delà de l'hommage à Yu Xi Gu, un engagement proche du vœu de chasteté.


Bouclons la boucle : MODC mérite-t-il le 1/10 que lui accorde KJCTdramafan ? Assurément pas ; d'ailleurs, quand on fait la moyenne de ses notes partielles, on arrive à 4,25 ; même le 1/10 donné au scénario paraît contestable, comme ont pu le montrer les analyses qui précèdent (le personnage de Sun Bo Xian vaut à lui seul plusieurs points). Pourtant, il reste bien une déception teintée de rage  ; il aurait suffi de peu pour faire de Make Our Days Count le bouquet final d'HIStory – simplement moins de paresse ou de complaisance, refuser les clichés faciles dans les premiers épisodes, la dramatisation larmoyante dans les derniers. Mais on ne récrit pas l'HIStoire.


w  Dark Blue & Moonlight (Dark Blue and Moonlight en chinois, Bleu foncé et clair de lune  en français, série à ne pas confondre avec Dark Blue Kiss ) aurait presque pu faire partie de HIStory : elle aussi d'origine taïwanaise, la série est due à Adiamond Lee qui avait déjà réalisé Obsessed, et sa diffusion a eu lieu entre Obsessed et Right or Wrong. On peut donc assez facilement caractériser DB&M en la comparant aux séries de HIStory, et surtout à celles de la dernière saison :
  • comme Trapped ou MODC, elle est centrée sur deux couples gays ;
  • comme dans un croisement de Trapped et de MODC, l'un des deux personnages principaux, Yan Fei, a le pouvoir et l'argent (il est directeur du marketing d'une société florissante) ; l'autre, Su Hai Qing, est encore étudiant, dépendant matériellement de son père, aux revenus nettement plus modestes.

Mais on a vu qu'un certain flou demeurait sur l'orientation sexuelle de Tang Yi et Meng Shao Fei dans Trapped (voir ce qu'en dit plus haut KearaMH) comme sur celle de Xiang Hao Ting et Yu Xi Gu dans MODC (cf. le fameux Je n'aime pas les garçons, j'aime Yu Xi Gu ) ; ici, les quatre personnages principaux sont basiquement  (13) homosexuels – ce qui enlève au moins un des ressorts dramatiques habituels.

Que reste-t-il alors ? Trapped montre comment les deux personnages principaux (Tang Yi et Meng Shao Fei) construisent leur couple principal  tandis les deux personnages secondaires (Jack et Li An) construisent le leur, sans interférence amoureuse entre les deux (il n'y a que des relations professionnelles ou amicales entre Tang Yi et Jack ou Meng Shao Fei et Li An) ; il en va de même dans MODC, Make It Right, Love by Chance et quasiment toutes les autres séries ; mais ici, les deux personnages principaux sont chacun dans l'un des deux couples principaux  : Yan Fei vit avec Jimmy, Su Hai Qing avec Chen Ping Jun ; l'histoire ne sera donc pas la construction en parallèle de deux couples mais l'éclatement de deux couples existants pour en construire un troisième, laissant évidemment la moitié des personnages sur le carreau.

DB&M mérite donc bien son titre, c'est l'un des BL  les plus sombres, surtout quand on revient au point de départ : au bord d'une piscine, Su Hai Qing aperçoit Yan Fei en train de discuter, et, immédiatement séduit, il le prend en photo ; un peu plus tard, dans les vestiaires, Yan Fei le croise, le plaque contre un mur et l'embrasse ; le sort les empêchera de se revoir avant longtemps et c'est sur ce souvenir que tous deux fantasmeront, pendant que le couple Yan Fei-Jimmy se délite et que Chen Ping Jun construit patiemment sa relation avec Su Hai Qing ; puis le même sort fait se croiser à nouveau les chemins de Su Hai Qing et de Yan Fei. Dans la tragédie classique (Oreste aime Hermione qui n'aime que Pyrrhus qui n'aime qu'Andromaque qui n'aime qu'Hector qui est mort), le malheur vient de l'absence de solution ; ici, il provient de l'excès : Yan Fei aime Su Hai Qing qui l'aime, mais Chen Ping Jun aime (aussi, autrement) Su Hai Qing qui l'aime (aussi, autrement) ; il n'y a donc pas heurt entre amour et indifférence mais entre deux formes d'amour ; et c'est là qu'on peut retrouver la réalisatrice d'Obsessed : Su Hai Qing choisit (ou laisse choisir) la richesse et la séduction de Yan Fei au détriment de la fidélité et de la sagesse de Chen Ping Jun, la passion d'un moment plutôt que l'amour d'une vie. Les commentaires dans MDL  ou sur YouTube  sont partagés : plusieurs font de Chen Ping Jun le vrai héros de l'histoire, tandis que d'autres insistent sur le réalisme de Su Hai Qing, aux deux sens du terme : c'est bien comme ça que ça se passe irl  et c'est le choix du pragmatisme.

Si l'on considère les autres thèmes abordés par KearaMH :

On voit donc que le bilan de DB&M ressemble beaucoup à celui de MODC (globalement positif , à l'exception de la fin masochiste), mais aussi à celui de Right or Wrong pour le personnage féminin ; la comparaison peut encore être prolongée pour les intérêts connexes : KearaMH se félicitait de voir dans cette série une réflexion sur le rôle des parents et une autre sur la relation entre deux personnages d'âge et de statut social différents ; dans DB&M, on peut trouver des éléments de discussion intéressants sur le coming-out, notamment à travers la situation de Yan Fei :

Mais cette scène laisse un goût pénible : quand Yan Fei lui présente Su Hai Qing comme son boyfriend, la mère s'enferme dans le déni en disant à Hai Qing qu'il a le droit d'être gay mais pas celui de corrompre (wrong friend ) son fils qui, lui, ne l'est évidemment pas ; Su Hai Qing quitte alors la pièce et Yan Fei s'apprête à le suivre mais sa mère lui demande s'il la laissera seule, et Yan Fei se rassoit comme un bon petit chien. Masochisme, quand tu nous tiens !

Cette même conclusion lâche (aux deux sens du terme) vaut pour Jimmy, qui, semble-t-il, finit par se consoler avec une jeune fille tireuse de cartes. Tout ça pour ça.

Si la série comprend douze épisodes sur Rakuten Viki , on trouve sur YouTube  (dans des chaînes différentes) quatre mini-épisodes supplémentaires (numérotés bien sûr de 13 à 16, ils semblent être la découpe d'un épisode unique) ; les trois premiers présentent la vie quotidienne de Yan Fei et Su Hai Qing dans diverses activités (cuisine et repas, toilette du matin, Hai Qing dessinant Yan Fei – on pourrait se croire sur le vlog d'un couple gay ) mais le quatrième s'ouvre sur le réveil de Yan Fei qui, ne trouvant pas Hai Qing à ses côtés, le cherche dans toute la maison et constate que le dessin que son ami faisait la veille a lui aussi disparu ; suit alors le rappel habituel de souvenirs des moments heureux. Fin. Sans doute faut-il en déduire que Su Hai Qing a repris sa liberté. De quoi répéter Masochisme, quand tu nous tiens  ! et Tout ça pour ça .


e  Diffusée de septembre à décembre 2018 (donc entre Boundary Crossing et Trapped), Love by Chance est une production d'origine thaïlandaise ; la qualité et le succès de cette série sont indéniables, mais la grille de lecture de KearaMH aboutit à un bilan nettement plus problématique :

À cela s'ajoute un problème un peu hors sujet, mais qui mérite d'être mentionné : l'épilogue, qui a eu du mal à passer :

Et parce qu'une surprise peut en cacher une et même deux autres, si LbC_2 est resté dans les cartons, la maison de production a sorti deux mini-séries (Reminders et TwoWish) dont le principe de création laisse perplexe : le décor est celui de LbC, les acteurs sont ceux de LbC mais les personnages qu'ils incarnent ont changé à la fois de nom et de caractère : le timide Pete est devenu un Son sûr de lui et Ae a perdu toute sa force en devenant Pin, tandis que Tin l'arrogant est devenu un Two à la limite du bêtifiant ; de toutes façons, l'ensemble est trop court et schématique pour qu'on s'y attarde plus longtemps.

Pour quitter LbC sur une note plus positive, on peut y saluer, parmi les intrigues secondaires, la naissance de l'un des (rares) couples hétérosexuels sympathiques et sans caricature : celui de Pond (le bestfriend  d'Ae, au départ coureur de jupons invétéré) et ChaAim (qui le conduit à ajouter les sentiments au sexe).


r  fin 2019 et début 2020, la série la plus marquante a été TharnType, de même origine que LbC, mais assez différente dans les domaines qui nous occupent ici.

Encore deux points hors sujet, mais non sans intérêt :


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Notes ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
(1)  Si les noms et prénoms chinois ne posent pas de problème de longueur, leurs détenteurs (du moins quand ils sont acteurs de BL) en varient facilement le libelé ; ainsi Song Wei En apparaît-il en général sous le nom de Wayne Song (Song étant le nom de famille et Wayne, l'anglicisation de son prénom Wei En) ; de façon comparable, le Huang Juan Zhi de MDL  se nomme Huang Chun Chih sur Wiki Drama  ou Instagram, et Huang Yi Zhi ailleurs.
(2)  Clin d'œil du scénario : alors que les cinq membres de la bande se donnent tous du brother , deux d'entre eux sont aussi, dans l'histoire, des frères biologiques ; et clin d'œil de la production : ces deux frères sont interprétés par Xia De et Xia En, deux jumeaux dans la vraie vie .
(3)  (3)  Ce résumé passe sous silence une scène brève mais étrange : sortant d'un bâtiment, Hao Ting voit un peu plus loin sur le trottoir un garçon qui attend ; il l'appelle et tous deux se rejoignent ; or le garçon ressemble étonnamment à Yu Xi Gu, mais leur rencontre est rapide et Hao Ting ne dit que « Pourquoi si rapidement ? », puis chacun repart de son côté ; le sens de ces quelques dizaines de secondes s'éclairera en partie plus tard (lord de la rencontre avec le junior ).
(4)  Bel exemple de la difficulté à établir des faits : Hao Ting s'adresse à elle en l'appelant Li Shi Yu d'après les sous-titres sur YouTube, Li Shiyu d'après ceux de Viki (mais la bande-son donnerait plutôt quelque chose comme [litsé]) ; malheureusement
  1. la liste des rôles dans MDL  ne mentionne que deux rôles féminins : Lin Cai Zhu (interprétée par Sara Yu – c'est apparemment la mère de Xiang Hao Ting) et Liu Mei Fang (interprétée par Cindy Chi) – pas de Li Shi Yu ;
  2. Wiki Drama , lui, mentionne Li Siwei, qui peut correspondre à Li Shiyu / [litsé], en précisant que le rôle est joué par Wang Zhen Lin ;
  3. si l'on se fie aux photos, la jeune vendeuse aurait plutôt les traits de Cindy Chi (donc Liu Mei Fang) mais, dans le cours de la conversation, elle dit tenir certaines de ses informations de Mei Fang (du moins c'est ce que traduisent les sous-titres) ;
  4. selon MDL, l'actrice ici appelée Cindy Chi a pour nom de naissance Ji Xin Ling (le prénom pourrait correspondre au Zhen Lin  de Wiki Drama ), mais est aussi connue comme Ji Xinyi ou Ji Xin Yu.

Alors, pas facile de déterminer qui est qui.

(5)  (5)  Les citations reprennent les sous-titres en français créés par X pour Rakuten Viki.
(6)  Subtilité du scénario ou faux raccord ? La chambre ne semble pas être celle qu'il occupe chez ses parens (dans la première moitié de l'épisode) ; on pourrait penser à l'appartement où il vivait avec Yu – dont il a dit qu'il en maintenait la location.De même, la boîte métallique semble un peu différente de celle que l'on a déjà vue deux fois – l'une paraît plus neuve que l'autre.
(7)  Je n'ai découvert l'existence des travaux de stebeee et d'Isabelle qu'après avoir terminé le texte présenté ici, et il m'a semblé plus clair de laisser les deux traductions en français totalement indépendantes.
(8)  Certainement par fidélité à l'original, le texte en anglais semble à diverses reprises plutôt redondant.
(9)  Façon élégante de dire tout le mal qu'on peut penser de la fin choisie par les producteurs de la série.
(10)  La partie omise est un retour en arrière sur la préparation de ce voyage ; on y trouve cette phrase, quand Yu s'inquiète de voir Xiang lui acheter un matériel particulièrement coûteux : « Xiang dit que c'était son devoir de mari. » L'emploi de husband  appellerait évidemment de longs commentaires ; on se limitera ici à renvoyer à la note  (17) de la section principale.
(11)  La traduction en anglais de DS indique ici qu'a été omis un passage du chapitre décrivant les voies d'ascension à la Montagne de Jade 
(12)  La distinction entre bestfriend  et boyfriend  est elle-même un lieu commun des BL  : boyfriend  renvoie à une relation amoureuse (petit ami ), genrée par nature ; en anglais, bestfriend  a l'avantage sur le français meilleure amie  de ne pas tenir compte du genre de l'amie, ce qui correspond mieux à la situation : un personnage homosexuel-de-base peut avoir aussi bien un meilleur ami  (comme Lhong pour Tharn) qu'une meilleure amie  (comme Ye Wen Ling pour Fei Sheng Zhe) ; même chose pour un hétérosexuel-de-base  (cf. Ae pour Pond dans Make It Right) ; leur relation est indépendante du genre puisqu'elle est par nature dépourvue de tout caractère sexuel.
(13)  On désigne ici par basiquement homosexuel  (ou, ailleurs, homosexuel-de-base ) un personnage qui n'a eu que des liaisons homosexuelles et ne se pose pas de question quant à son orientation sexuelle ; l'un des meilleurs exemples est Sun Bo Xiang dans MODC.
(14)  On trouve plus loin, dans les commentaires, un échange instructif entre HollisAL et michin_girl ; HollisAL ayant minimisé les choses, michin_girl lui demande si elle (ou il) soutient le viol ; ce à quoi HollisAL répond :
Je soutiens les auteurs et tout ce qu'ils ont choisi d'écrire, oui. C'est là qu'intervient le bon sens, ce n'est pas le travail des auteurs de tenir la main des spectateurs et de s'assurer qu'ils savent que certaines choses sont mauvaises ; nous sommes supposés en connaître assez à ce sujet. Je suis vraiment désolée si on ne vous a jamais appris à distinguer le bien du mal, mais ce n'est pas la responsabilité d'un auteur de s'assurer que vous le savez.

Visiblement, HollisAL oublie deux aspects importants du problème :

NB- précision nécessaire : ce qui précède se rapporte à l'agression de Techno par Kengkla, filmée dans LbC ; il en va autrement des viols subis par Type et Tar dans TharnType : les deux jeunes gens y sont présentés comme les victimes d'un crime seulement évoqué (dans les deux cas, antérieur au présent de la série) et rendu encore plus odieux par l'âge, pour Type, et par la mise en scène, pour Tar.
(15)  De TharnType à LbC, le jeune homme n'est pas épargné : d'abord, ses parents sont totalement absents, et Tum, son demi-frère, lui sert aussi de père et de mère ; ensuite, vers quatorze ans, il a une relation amoureuse avec Tharn, son aîné de plusieurs années ; au bout d'un an, il est violé par trois hommes alors que Lhong enregistre la scène et se sert du film comme moyen de chantage ; quelques années plus tard, il a une autre relation amoureuse, cette fois-ci avec son demi-frère lui-même.
(16)  Il faut mentionner cette particularité thaïlandaise : les prénoms et noms de famille sont (à notre aune) très longs et difficiles à mémoriser ; ainsi les deux principaux interprètes de TharnType s'appellent-ils Suppasit Jongcheveevat et Kanawut Traipipattanapong ; c'est pourquoi les acteurs se choisissent un pseudonyme, en général monosyllabique (tant qu'à faire !) et souvent de sonorité anglophone ; dans le cas de nos deux héros, il s'agit respectivement de Mew et Gulf ; là-dessus est venue se greffer la coutume de désigner les duos par les deux pseudonymes accollés ; par conséquent, les vidéos dont le titre contient Mewgulf  sont consacrées aux activités communes de Suppasit Jongcheveevat et Kanawut Traipipattanapong (tournages, coulisses, spectacles, voire débordements sur la vie privée). On se heurte cependant à deux séries d'homonymie : d'abord parce que certains surnoms ont du succès (par exemple, Gun a été choisi par ou pour Napat Injaieua, Sawasdiwat Na Ayutthaya, Natthawat Chainarongsophon, Korawit Boonsri – et la liste est loin d'être complète ; c'est pourquoi on trouvera fréquemment Mew Suppasit ou Gun Napat) ; ensuite parce que le même type de nom est également utilisé pour les personnages qui, eux, n'ont par ailleurs ni prénom ni nom de famille.
(17)  La différence d'âge entre personnage et interprète est un sujet de réflexion récurrent, en particulier quand il s'agit d'adolescente : dans Queer as Folk , Nathan Malooney est censément âgé de quinze ans, alors que Charlie Hunnam avait dépassé les dix-huit ans lors du tournage (précaution utile compte tenu de ses passages par le lit de Stuart Alan Jones) ; la liste des élèves  [⇒] de La Vie devant Nous  permet aussi de constater que l'interprète a souvent plusieurs années de plus que son rôle. Dans les épisodes de TharnType, l'allure et le comportement de Tar donnent plutôt l'image d'un adolescent d'une quinzaine d'années (ce qui ferait débuter sa liaison vers treize ans) ; pourtant, paradoxes en série : son interprète (Parinya Angsanan) avait au moins vingt-trois ans à l'époque du tournage, et il a trois ans de plus que Natthad Kunakornkiat, qui joue le rôle de son frère censément aîné. Le chassé-croisé se trouvait déjà dans LbC où Katsamonnat Namwirote (qui joue Tar) est également plus âgé que Kirati Puangmalee (interprète de Tum).

Pour revenir à TharnType, quand on regarde la série, on a bien le sentiment que Tharn doit être plus âgé que Type ; mais les six à sept ans qui séparent Mew de Gulf dépassent de beaucoup l'écart perçu.


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