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Oyim ed oyikPage mise à jour le 28 novembre 2016 vers 00h10 TUC    

Si les internautes passant par ce site sont rares, elles & ils n'en sont pas moins sagaces et avides de savoir ; d'où cette question :
- Quelle est la langue qui apparaît dans les copies d'écran et les commentaires d'Accro pour MSTS ?
- Le babëlien, tout bonnement.
- Et où parle-t-on le babëlien ?
- À question logique, réponse logique : à Babël.
- Ouais, mais où c'que c'est, Babël ?

Même si la question a perdu de son élégance stylistique, répondons clairement : à l'heure actuelle, en deux endroits de mon disque dur :

  1. dans une version (très) personnalisée de SeaView, ligne imaginée et créée pour MSTS par Bill Burnett et ses amis (le Gouvernat de Babël y correspond à Sky City, au nord de Volcano Island ) ;
  2. dans AccroDémo, dont les images ont suscité la question initiale.

Cela dit, il est difficile de savoir s'il s'agit d'un même peuple habitant deux endroits différents (comme les Kel Tamajaq entre Algérie, Niger et Mali) ou bien d'un seul et même endroit pensé, imaginé, voire rêvé différemment selon l'heure ou le jour ; ce qui, au reste, n'a guère d'importance, puisque de toutes façons la langue (dont il sera question ici, au moins pour commencer) reste la même.
     Une précision linguistique, avant de commencer : le terme par lequel se désignent celles & ceux qui habitent le Gouvernat est BABËLEK ; par morne habitude, nous continuerons à appeler babëlien leur idiome (malgré les risques de confusion avec, par exemple, le néo-babélien que Raymond Queneau prête à la Canadienne et à son nomade au début des Fleurs bleues) ; mais, pour le reste, nous emploierons le mot Babëlèque - la suite montrera que ce n'est pas sans raisons.

Des Babëlèques nous découvrirons donc successivement...

 A}  Des lettres et des chiffres
  1) L'écriture et la langue
   a} l'alphabet
   b} quelques points de grammaire
   c} un peu de vocabulaire
  2) Quand 6 et 6 font 10
 B}  Passent les mois et passent les années
 C}  KUTLIKËTA : des divinités mensualisées
=====================================================================

A} Des lettres et des chiffres

1) L'écriture et la langue

    
a} l'alphabet
    L'alphabet comprend vingt lettres :


transcription dans l'alphabet latin trivial -------›
    alphabet

 
›››  douze consonnes, dont dix communes avec notre alphabet, et deux consonnes supplémentaires :
Ñ  ››  correspond approximativement au son ng de downing en anglais,
      ou mieux au g wallisien dans kaiga ou au n de tanata à Rapa-Nui ;
    ›› les hommes utilisent généralement la forme q, les femmes,w ;
    e se rencontre aussi.
    n
NB- c'est la seule occasion pour les Babëlèques de distinguer linguistiquement hommes et femmes, puisque la notion de genre grammatical est inconnue - comme on en verra plusieurs aspects plus loin ; d'ailleurs, personne n'accorde beaucoup d'importance à la chose. Mais qu'en est-il des textes officiels et des inscriptions sur les bâtiments publics ? C'est à chaque fois l'occasion d'une petite fête bien sympathique, où les plus jeunes tirent au sort laquelle des trois graphies sera utilisée pour la circonstance.
 
'    ››  uniquement à l'initiale d'un mot ou dans quelques composés ; ressemble au bruit qui faisait dire à ma mère, quand j'étais enfant : « arrête donc de faire la pintade ! » ; dans toute langue, certaines consonnes sont labiales ou dentales, occlusives ou fricatives ; ' est une consonne gloussée
.
 ›››  deux séries de quatre voyelles :
NB- aucun mot babëlien ne commence par une voyelle. Dans la transcription des noms étrangers, on ajoute ' à l'initiale. Quasi-rival de Bach dans le panthéon musical babëlèque, le cher Salvatore Adamo est connu sous le nom de 'ATAMU SUTEL (puisque Sutel correspond à Sauveur et donc Salvatore ).

b} quelques points de grammaire
Singulier et pluriel

En babëlien, le pluriel commence à trois (en effet les deux font la paire et la paire, y en a pas deux ).

De toutes façons, comme le pluriel se marque par la mutation de la voyelle finale (ce qui oblige à rajouter un son à l'oral et divers traits à l'écrit), les Babëlèques ne l'emploient que quand ils ne peuvent pas faire autrement ; si le nom est accompagné d'un article, d'un adjectif numéral ou bien si n'importe quel autre élément écarte tout risque d'équivoque, on reste au singulier ; seuls les plus aisés peuvent s'offir le pluriel à volonté.

L'article

On dispose d'un stock honnête :

article
  • l'article se postpose au nom ;
  • mais, là encore, dès qu'on peut s'en passer, on s'en passe.
    Ainsi a-t-on traduit (sans les empoignades qu'on verra plus bas)
    Le Journal d'une femme de chambre  par
    SIKITAKE mMEKANUEL ''ANIKU (pour '', voir De un peu plus bas).

Bel exemple de l'esprit babëlèque : la même expression a aussi pu servir de titre à un document-vérité (nettement moins connu que l'œuvre de Mirbeau) : Le quotidien du gardien d'immeuble.

Les adjectifs numéraux

Voir les paragraphes consacrés aux chiffres, plus bas.

De

Dans trois des principaux emplois de la préposition française de, le babëlien double la consonne initiale du nom  ; c'est ainsi qu'il introduit :

NB1- cette consonne est notée par une minuscule quand le nom commence par une majuscule, par une majuscule quand il commence par une minuscule ;
NB2- le doublement de la consonne gloussée ' se note '' : 'ULU ''ALU - le silence de la mer.
Le verbe
  1. la base verbale est en général formée d'un nom auquel s'ajoute éventuellement un - A ;
  2. infinitif : -I au sg., -Ï au pl.
            exemple : KANU - le travail ›› KANUAI / KANUAÏ - travailler
  3. indicatifsgsujetcomplément & possessifplsujetcomplément & possessif
     1-IU-IEU1-IÜ-IEÜ
     2-SUT-ESUT2-SÜT-ESÜT
     3-A-EKA3-EKÄ
  4. passé : marqué par le préverbe KTE
              exemple : KTE KASUT - tu étais ou tu as été.
  5. impératif : existe à toutes les personnes
              identique à l'indicatif présent + redoublement de la consonne initiale ;
              exemples : kKANUASÜT - travaillez    ///  ''UAA - qu'elle ou qu'il se taise
    NB- formes irrégulières pourêtre : kKUSUT / kKUSÜT
     s'arrêter : tTUP / tTÜP
  6. participesprésent actif-ALKUMIAALdéfendant
     passé actifKTE--ALKTEKUMIAALayant défendu
     passé passifKTE--ULKTEKUMIAUL[ayant été] défendue
La négation

On emploie TUP placé devant l'élément à nier :
TUP KANUAIÜ - nous ne travaillons pas  ///  'ULAIU TUP bBABËL - je viens d'ailleurs que de Babël.
NB- la négation peut être répétée après le mot, pour plus d'expressivité : TUP 'ULASÜT TUP - ne venez surtout pas.
 

c} un peu de vocabulaire

Loin de nous la prétention de marcher sur les brisées des Éphémères ou de chercher à concurrencer LULUBEL, l'équivalent de notre Petit Robert (le redoublement de la première syllabe permet de former un diminutif) ; mais quelques mots ou éléments de langage peuvent mériter l'attention.

On voit immédiatement combien de débats, de disputes, ou même de drames ce mot a épargné aux Babëlèques ! Et quelle concision il leur permet : Honore tes père et mère ›› ''A ÑAEL  (avec ÑAEL au singulier, puisqu'ils et/ou elles ne sont jamais que deux, du moins dans les cas les plus simples).

Pour en revenir à la traduction, quand on rencontre tTELEFONASUT ÑAEL, on peut toujours s'en sortir par Téléphone à ton père ou à ta mère ou encore Contacte tes parents. Mais quand l'un des plus grands romanciers babëlèques commence son livre par SIKITANU, ÑAEL KTE'OSIAA, difficile de traduire par Aujourd'hui, mon père ou ma mère est mort ou morte ; déjà qu'on a vivement reproché au héros de ne plus se rappeler si le décès avait bien eu lieu ce jour-là ou la veille ! Alors on a choisi ma mère est morte - mais le télégramme n'en disait pas davantage, et (comme le fait remarquer ce même personnage) Cela ne veut rien dire. Eh oui ! Traduttore, traditore !


2) Quand 6 et 6 font 10

    
a} Les chiffres

Aux dix chiffres que nous connaissons s'ajoutent un signe pour le nombre dix et un autre pour onze :

 chiffres

C'est que les Babëlèques comptent en base duodécimale ; cette particularité a diverses incidences plus ou moins sérieuses. Dans le genre plutôt sérieux, un panneau (30) indiquerait une vitesse limitée à trente-six kilomètres à l'heure ; (90), à cent huit km/h — confusion dangereuse pour les Babëlèques amenées à conduire chez des Décimaux (c'est le terme employé à Babël pour désigner les étrangers).

Pour éviter toute confusion, les panneaux (routiers et ferroviaires) ne comportent pas un nombre mais le polygone associé             -----›
Au-dessus, la vitesse en duodécimal ; en dessous, la même dans le système décimal.

 panneaux

Il faudrait donc un hendécagone pour cent trente-deux km/h, pas vraiment facile à distinguer de l'ennéagone, qui impose vingt-quatre kilomètres à l'heure de moins ; dans les faits, comme on peut le voir ci-dessus, on s'arrête à l'octogone et ses nonante-six km/h ; il existe bien le panneau avec un cercle (permettant une grosse de km/h), mais il n'a jamais été utilisé nulle part. Pour dire la vérité (et pourquoi ne pas dire la vérité, quand personne ne vous a rien demandé et que tout le monde s'en moque éperdument ?), ni les routes ni les voies ferrées de Babël ne permettent de dépasser les cent kilomètres à l'heure, à moins d'être un adepte de la roulette russe, version cinq balles dans le barillet.

    b} L'affiche de la discorde

Dans un registre moins grave, une anecdote bien savoureuse : peu après sa sortie en France, les Babëlèques réclamèrent la programmation et la projection du film de François Truffaut, Les 400 coups ; il fallut donc créer une affiche. Pas trop de discussions pour babëlianiser le nom du réalisateur : comme n'existent en babëlien ni le son r, ni le son u, ni le son o , la transposition mécanique aurait donné une sorte de Tlufu assez incongru ; on l'appela donc LEBA ÑULI - Leba en référence à son acteur fétiche Jean-Pierre Léaud ; et Ñuli parce que c'est l'équivalent de François, tout comme ÑULU est l'équivalent de la France (à qui s'étonnerait de cet étrange Ñulu, les Babëlèques rétorquent qu'ils n'ont pas de leçons à recevoir de la part de gens qui appellent Allemagne le pays que ses propres habitants nomment Deutschland, et Esquimaux ceux qui se veulent Inuit) ; accord total sur le nom du cinéaste, donc.

En revanche, une vive controverse s'éleva sur la traduction du titre, entre trois écoles :

restèrent donc en lice les deux autres groupes :

Douze fois hélas ! la querelle s'éternisa et le film fut projeté avant même que la question n'eût été tranchée ; l'affiche ne fut donc jamais collée sur le mur du cinéma de Babël.
- Mais dites-moi, le mur du cinéma, voilà deux singuliers plutôt singuliers, non ?
- Non. D'abord parce qu'il n'y a en effet qu'une salle de cinéma dans le Gouvernat ; je vous ai déjà dit que, culturétrangèrement parlant, le grand homme est J.-S. Bach ; or, pour autant que je sache, le Cantor de Leipzig n'a pas consacré l'essentiel de son génie à la musique de films ; en fait, si la traduction du titre intéressa les Babëlèques (qui sont de fines linguistes, d'où leur prédilection pour les langues de chat - dont la faible épaisseur fait tout le charme), le film lui-même n'attira pas les foules (d'autant moins, reconnaissons-le, que l'affiche qui aurait dû les faire venir ne brillait que par son absence) ; une salle est donc amplement suffisante pour satisfaire les ardeurs cinéphiles de Babël ; j'ajouterai que je connais des îles qui en feraient leurs choux gras, réduites qu'elles sont à une totale disette en la matière.

Quant au mur, rassurez-vous : cet unique cinéma a bien les quatre parois réglementaires ; mais d'un côté (ou, plutôt, de deux côtés : est  et ouest), le Gouvernat a décidé (très sagement, à mon humble avis) que les affiches, affichettes, placards et autres panneaux publicitaires ne pourraient être placés que parallèlement à la voie publique - les réservant ainsi aux piétons ; du coup, plus de panneau 4 x 3 défigurant une perspective, plus de course au gigantisme (il faut bien que l'automobiliste évite d'avoir à trop s'approcher pour lire ou seulement voir ce qui y figure, non ?), plus de ces publicités peintes sur le pignon d'un immeuble, faisant réclame pour Dubo en bas, Dubon au milieu et Dubonnet en haut. Et le troisième côté ? à l'arrière (au nord), le cinéma donne sur une porcherie ; d'un commun accord, le gérant de la salle et le porcher-en-chef ont décidé que, tant qu'à gâcher de la marchandise, les cochons feraient meilleur usage de confiture que de culture cinématographique.


    c} Les adjectifs numéraux

Comme leur originalité tient plus au système duodécimal qu'à leur syntaxe, il a paru préférable de les présenter dans cette partie Chiffres plutôt que dans la partie Lettres.

On ne trouvera évidemment pas ici la liste complète de ces adjectifs (ne serait-ce que parce qu'elle est sans fin) ; seulement quelques exemples.

Les cardinaux
(rappelons à ce propos que l'on peut trouver un peu plus loin, parmi les pages de ce site, un texte consacré notamment à Albino Luciani et à quelques autres anciennes Éminences rouges)
numéraux
[*] Un peu comme nous pouvons placer la bataille de Marignan en mille cinq cent quinze  ou en quinze cent quinze (en attendant un possible quinze quinze ), les Babëlèques disposent dans certains cas (ceux qui sont marqués d'un astérisque dans le tableau précédent) de deux (voire trois) énonciations différentes :
‹!› dans toute cette partie, 1 est à lire comme un L minuscule (qui, dans cette police, ne se distingue pas du I majuscule).

Ainsi peut-on entendre et lire, pour le duodécimal 294 (l'équivalent de notre décimal et polémique 400)

NB1- Rappelons que 1LIKË doit être lu comme L minuscule suivi de LIKË ;
NB2- Pour 1L- et tT-, voir plus haut le paragraphe consacré à De.
NB3- Nous n'avons parlé ici que des nombres entiers. Peut-être un codicille consacré aux nombres fractionnaires (comme 3,1416 ) viendra-t-il un jour.
Les ordinaux

Un rapide coup d'œil : on ajoute le suffixe -KE à une voyelle, -EK à une consonne ; ainsi, MAVEKE (sixième ) ou MATAMATEK (mégrossième ).
     Une exception : premier se dit KUK ; il y avait jadis deux autres synonymes : ÑUÑ et 'U' ; synonymes ? pas pour tout le monde, car les puristes insistaient pour qu'on employât

Mais l'Académie babëlèque jugea la distinction oiseuse (d'autant plus que ÑUÑ et 'U', déjà disgracieux au singulier, devenaient franchement imprononçables au pluriel ÑÜÑ et 'Ü') ; comme les avis des Éphémères (c'est le nom que se donnent les académiciens du Gouvernat) sont toujours écoutés et entendus, ÑUÑ et 'U' tombèrent en désuétude puis dans l'oubli, avant de finir leur course dans une poubelle de l'Histoire babëlèque.

Il n'en subsiste plus qu'une trace, dans une vieille chanson dont le héros est ÑULI ÑUÑ - un certain François Ier (la nécessité du tautogramme aura fait loi : ÑULI ÑUÑ, ñÑUBASUT ÑULU - François Ier, embellis la France ! ; selon certains historiens, il s'agirait de la traduction d'un texte italien dû à Léonard de Vinci lui-même ; Dan Brown y fait une allusion voilée dans Anges et Démons quand Leonardo Vetra {le double évident du Maître} dit : Pas de maths pour les filles ! ).

NB- Aux trois énonciations déjà signalées s'ajoute une dualité sur la place du suffixe :
›› dans l'ancienne énonciation, il se place à la fin de l'unité : KUK Ñ LIKE BIU (mot-à-mot : premier plus deux douzaines ),
›› dans les deux autres, après le dernier mot : KU Ñ LIKE BIUKE (mot-à-mot, si on en veut vraiment un : un plus douzaine deuxième ).
Les adverbes

Ils se forment avec un préfixe VE- : VETAMATEK  = grossièmement (soit cent quarante-quatrièmement ; confondre avec grossièrement serait une grossière erreur.

Rang et fraction

Pour en finir avec ces drôles de numéraux, une particularité montrant bien à quel point le babëlien a le sens de la nuance :


Il y aurait évidemment bien d'autres choses à écrire sur une langue aussi riche et originale que le babëlien, mais la nuit babëlèque touche à sa fin. Alors, PTU SIKITA 'U TI'ESÜT - belle journée à vous toutes.



B}  Passent les mois et passent les années

La partie précédente consacrée aux chiffres aura certainement suscité quelques interrogations quant au calendrier - qui en fait bien sûr grand usage. Voici donc quelques précisions à son propos.

Selon nos documents, le premier calendrier babëlèque était marqué par l'absolu duodécimal : douze mois composés chacun de trois douzaines de jours - donnant une année de quatre cent trente-deux jours.

calendrier

Mais il ne fallut pas beaucoup plus d'une décennie avant que les agriculteurs ne se plaignent d'avoir à récolter durant le mois où, peu d'années auparavant, ils semaient ; le Gouvernat alla donc regarder comment les choses se passaient ailleurs, et décida de calquer son année sur celle que nous connaissons.
NB- par un de ces hasards dont l'Histoire est friande, il se trouvait que le MAKUK TIKUK (premier jour) de l'année suivante devait tomber le même jour que le 1er janvier du calendrier julien. Les Babëlèques sautèrent donc sur l'occasion pour caler quantième et mois sur ledit calendrier. Ah ! s'ils avaient pu faire preuve de la même unanimité pour le décompte des années... Mais à chaque paragraphe suffit sa peine.



1) Les mois

Suivant une démarche qui accorde plus de place à l'arithmétique qu'à la poésie, les mois babëlèques ont toujours eu un nom dérivant de leur seule place dans le calendrier, préfixé par TI- :


TIKUK janvier 
TIBIUKE février 
TIFELAKE mars 
[...] [...] 
TIBIUKE1LIKE octobreOn notera que l'ancienne énonciation des nombres
TIKUK1LIKE novembrea été conservée dans les mois de juillet à novembre.
TILIKEK décembre 

NB- quelque adepte des calembours pourrait noter que mai se dit TITIMAKE - mais il n'y a certainement personne ici pour se permettre une facétie de ce genre (de toutes façons, il n'y a vraisemblablement personne - tout court).

2) Les quantièmes

MAKUK le premier du mois
 MABIUKE le 2
Le principe est le même que pour les moisMAFELAKE le 3
en préfixant l'adjectif ordinal par [...]>MA- :[...] [...]
 MAPESAKENLIKEBIU le 28
 MATIMAKENLIKEBIU le 29
 MAMAVEKENLIKEBIU le 30

3) Les jours de la semaine

Dans le calendrier babëlèque absolu, les semaines étaient des périodes de douze jours ; mais ce fut au tour des scolaires de protester,  et tous les syndicats leur emboîtèrent le pas pour exiger un jour de repos plus fréquent ; après des débats toujours vifs, parfois houleux, mais jamais brutaux, on décida de retenir une semaine de six jours (une semaine hexémère ou sexadaire, en quelque sorte) ; et, pour rester dans leur logique, les Babëlèques, préfixant le nom de ces jours par FU-, adoptèrent     FUKUK - FUBIUKE - FUFELAKE - FUPESAKE - FUTIMAKE - FUMAVEKE

Quelques observations :

NB- conséquence logique : puisque chaque jour de l'année tombe toujours le même jour de la semaine, les Babëlèques n'utilisent que très rarement ce dernier.

4) Les années

Comme il est naturel, les Babëlèques ont voulu dénombrer leurs années à partir de la fondation de leur Gouvernat. Malheureusement, les premiers Babëlèques, occupés à défricher et à construire, avaient eu d'autres soucis que la chronologie ; si bien que quand leurs descendants entreprirent de créer leur calendier, plus personne ne savait au juste depuis combien de temps tout ce beau monde existait. Le Gouvernat décida alors que Babël serait refondée en grande pompe six mois plus tard (le temps de préparer les festivités), et que ce jour serait donc FUKUK MAKUK TIKUK ''EKUK - les années étant préfixées par 'E - (qui devient ici ''E comme nous dirions le premier janvier de l'an 1 ).

Mais ce projet rencontra deux traverses :

  1. les patrimoniaux - qui considéraient comme une trahison d'envoyer dans les poubelles de l'Histoire le monde de leurs ancêtres et refusaient l'idée que leurs grands-parents aient pu naître et mourir BBbB (BEKA BULA bBABËL = avant la fondation de Babël ) ; ils reconnaissaient que fixer la date exacte de la fondation était impossible, mais réclamaient qu'on retienne au moins une date respectueuse des aïeules et aïeux ;
  2. les informaticiels (et l'on sait que, hors de l'informatique, point de Babël) ; pour eux, l'année de la refondation devait être l'an zéro, et non l'an un ; à l'appui de leur revendication, ils rappelaient que, pour calculer la durée entre deux dates, on soustrait la plus faible de la plus forte : entre le 18 juin 1815 et le 18 juin 1940, il y a 1940 - 1815 = 125 ans ; mais, dans le système envisagé, entre le MAKUK TIKUK de l'an 1 (la fondation) et celui de -1 (l'année précédente où ils se trouvaient encore), on aurait  1 - (-1) = 2 ans, ce qui est évidemment faux.

Les Babëlèques étant têtues, chacune campa une fois encore sur ses positions, et finit par compter les années à sa guise. Si l'on ajoute que, quel que soit principe retenu, les années de quatre-cent trente-deux jours se mélangèrent aux années de 365,24219879 jours (merci, Wikipedia ), une panda géante n'y aurait pas retrouvé ses petits pandas - même géants. Il faudrait donc être inconscient pour essayer de donner une équivalence entre une année babëlèque et une année de chez nous. De toutes façons, de même que Babël n'existe que sur un disque dur, de même le temps de Babël n'existe que dans l'horloge d'un ordinateur - et encore, seulement quand celui-ci est allumé. Alors...


C}  KUTLIKËTA : des divinités mensualisées

Les sections précédentes ont été l'occasion de découvrir quelques aspects des Babëlèques, aspects plus ou moins badins et en tous cas axés liés à leur vie profane. Il paraît temps de jeter un coup d'œil sur la religion à Babël - ou plutôt sur les religions, car les Babëlèques n'honorent pas moins de douze divinités. En d'autres lieux, ce serait sans doute l'occasion de disputes, de rivalités, voire d'affrontements (et pas seulement verbaux, hélas !) ; mais pas à Babël, qui a évité toute zizanie en décidant que chaque mois serait consacré à une divinité, et une seule.
NB- C'est à dessein qu'est employé ici (comme par la suite) le mot divinité, car le mot babëlèque KUT est aussi bien masculin que féminin (ou ni l'un ni l'autre, comme on voudra) ; le traduire autrement obligerait à choisir entre dieu et déesse - un choix qui ferait pouffer de rire les Babëlèques et s'étrangler d'indignation les Babëlèques - si la bienséance ne les conduisait à garder leurs réactions pour l'intimité de leur cœur.

1) Le lieu

Comme le gouvernat de Babël est aussi économe que sage, il a décidé qu'il y aurait un seul et unique lieu de culte, avec un seul et unique groupe de desservants, pour l'ensemble du Dodécathéon. Il s'agit d'un bâtiment que les Babëlèques désignent par l'expression 'A'ANIKU tTIFELTA - la maisonnette de la fraternité (ou de la sororité, bien sûr) - sans qu'on sache exactement si la communauté ainsi évoquée est celle des douze divinités, celle des Babëlèques ou celle des deux réunis. Ce bâtiment est situé sur VAA tTISKAL - l'îlet de la Corne ; plusieurs érudits ont bien sûr proposé des explications pour ce nom (la corne d'abondance, celle du bouc-émissaire, une déformation de TIKSEL, qui signifie désert, ermitage ), mais il est assez vite apparu que l'appellation était en fait bien antérieure à la construction du bâtiment, et que l'îlet en question avait la forme d'un grand cornet.

Parce qu'il faut rester pratique, précisons que cet îlet de la Corne est relié à la station de  métro ÑKA PESÄ (l'équivalent babëlèque de Châtelet-Les Halles ) par la ligne (a)4, qui continue ensuite jusqu'aux bâtiments de l'Université Maritime de  KATÏ ''ALU (établissement mondialement renommé pour tout ce qui touche à la recherche océanographique).

L'extrait de plan ci-contre permettra de se repérer sans risque d'erreur :
 
 
 
Reproduction libre encouragée par
TITELA 'IKUKE BABËLEK
 plan

2) Les desservants

Là non plus, rien de somptuaire ! L'entretien du bâtiment et le déroulement des cérémonies sont assurés par un ménage (*) désigné pour l'année ; on choisit de préférence une famille avec des enfants, pour que ceux-ci puissent aider leurs parents et en même temps mettre un peu d'animation dans le saint édifice, tout en apprenant deux ou trois choses qui pourraient leur être utiles par la suite ; en fait, le plus gros travail se situe dans la nuit du dernier jour du mois (MAMAVEKE-N-LIKEBIU) au premier (MAKUK) du mois suivant, quand il faut enlever tous les objets de culte d'une divinité pour les remplacer par ceux de la suivante ; celles & ceux qui offrent des chambres d'hôtes comprendront l'effervescence qui peut régner durant cette demi-journée.

(*) Pour qui serait intriguée par ce terme, rappelons-en l'étymologie telle que l'établit Le Petit Robert :
*mesnage XIIIe, d'apr. a. fr. maisnie « famille » (lat. pop. * mansionata, du class. mansio « maison ») ; manage v. 1150, de l'a. v. manoir, lat. manere « demeurer, séjourner ».

Il s'agit donc simplement de deux ou plusieurs personnes vivant habituellement sous le même toit.


3) Le nom des divinités

Il faut bien reconnaître que nous devons aux Romains illogismes et frustrations : Jupiter n'a droit qu'à un jour (le jeudi ) alors que son épouse Junon et son fils ont droit à tout un mois (juin et mars ) ; sans parler de Minerve (reléguée dans l'orthopédie) ou d'Apollon (entre concours de body-building et sites plus ou moins pornographiques). Ici encore, on ne peut qu'admirer la sagesse babëlèque : au lieu de nommer les mois d'après les divinités, ils ont nommé chaque divinité d'après le mois où elle est à l'honneur, en remplaçant simplement le préfixe TI- par KUT- :

Mois babëlèque Nom de la divinitéMois de notre calendrier
--------------------------------------------------------------------------
TIKUK KUTKUKjanvier
TIBIUKE KUTBIUKEfévrier
TIFELAKE KUTFELAKEmars
[...] [...][...]
TIBIUKE1LIKE KUTBIUKE1LIKEoctobreRappelons que le  1
TIKUK1LIKE KUTKUK1LIKEnovembre    représente un L minuscule
TILIKEK KUTLIKEKdécembre 

4) Le Dodécathéon (KUTLIKËTA )

a}   KUTKUK

Les textes qui lui sont attribués sont rassemblés dans un ouvrage composé de six cent soixante-cinq volumes (certains dissidents en ajoutent un six cent soixante-sixième, mais la plupart des Babëlèques le tiennent pour apocryphe et sulfureux) ; il est évidemment impossible d'en donner ici la copie ni même le sommaire ou la simple liste ;


on se contentera donc d'un extrait
     (voir plus bas)
et de la couverture commune
   aux six cent soixante-cinq tomes
    (ci-contre)
livre

NB- La deuxième ligne de la couverture (qui contient le titre de l'ouvrage) se traduit sans difficulté : KUNI'ALU TIKELUKE signifie le Phare éternel ; la première ligne (qui indique l'auteur) est plus équivoque : KUTKUK kKÜT peut se comprendre comme Kutkuk, [du collège] des Divinités ; mais beaucoup ont fait remarquer qu'il y avait de l'espace entre KUT et KUK, si bien que l'on peut aussi lire : la Divinité première des Divinités. Cette ambiguïté n'est pas démentie par divers traits du culte kutkukéen.

Si la couverture des volumes est en babëlien, les livres eux-mêmes sont rédigés en proto-voltaïque réformé, langue parlée il y a (très) longtemps entre (ce qui n'était pas encore) Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, et transcrite en prenant comme modèle de base les pelotes de réjection d'un martin-lutteur (une variété locale de notre martin-pêcheur). Comme, bien évidemment, personne à Babël ne sait lire le proto-voltaïque réformé, les adeptes les plus fidèles de Kutkuk ont profité de son mois (pendant de nombreuses années consécutives) pour essayer de traduire les paroles divines, à l'aide d'un instrument appelé TUTIM-BULIM, croisement entre un lecteur de code-barres et un rayon laser : en promenant ce dispositif sur le livre, on obtient une sorte de bruit, qui est ensuite interprété ; comme chacune avait sa propre interprétation, il a encore fallu des années pour arriver à un accord a minima sur un texte commun.

À titre d'exemple, voici le premier fil de la première pelote de la première lisse du KUNI'ALU TIKELUKE (ailleurs, on parlerait de verset, chapitre et livre), accompagné de l'interprétation-révélation la plus récente :


livre2

Pour éviter toute polémique, nous nous en tiendrons
   à une traduction hiéronymienne :




In fine temporum, etiamnunc ero,
    ac uos uestraque omnia conburam

Pour le reste, le culte de Kutkuk se caractérise par une abondance de statues et d'objets sacrés ; en plus des multiples volumes du KUNI'ALU TIKELUKE (qui occupent déjà pas mal d'espace), on trouve entre autres

  1. plusieurs masques à trompette,
  2. une collection de pierres (qu'un minéralogiste peu fortuné ne dédaignerait pas), aussi diverses dans leur nature que par leur usage supposé,
  3. une dizaine de momies russes (il s'agit en fait de petites momies assez banalement égyptiennes mais qui s'emboîtent les unes dans les autres à la manière des matriochkas ; à leur sujet, certains parlent de momies stérieuses, d'autres évoquent plutôt des momies stifiées ), 
  4. toute une série de spirales en or, qui sont le symbole en même temps que le trésor de la divinité :
spirales 
Celle que les adeptes vénèrent plus que toute autre antiquité kutkukéenne est cette trompette spiralée, d'environ un mètre et demi de diamètre.

Chose étrange : Charles-Joseph Panckoucke évoque, à la page 184 de son Encyclopédie méthodique : Arts et métiers mécaniques (publiée en 1785), un objet de ce genre, à propos des buccinae des légions romaines ; mais la forme en est un peu différente ; en revanche, à la page 41 de l'Encyclopédie méthodique - Recueil d'Antiquités (qui date de 1804), Antoine Mongez (de l'Institut national et de plusieurs Sociétés savantes ) fait état d'un instrument très semblable figurant sur un marbre étrusque (Mus. etrusc. I, tab. 6 & 178 ).


Si les objets sont nombreux, les rites ne sont pas en reste :
  1. douche matutinale entrecoupée de chants et de questions-surpises ;
  2. lavage et repassage des sourvêtements ; pour avoir une idée de ce qu'est un sourvêtement, pensez aux chaussettes que l'on enfile par-dessus les chaussures les jours de verglas, ou au slip stendhalien de Superman ; mais, à Babël, pas besoin de s'appeler Clark Joseph Kent pour mettre un marcel sur son mackintosh ou un jean sous son bermuda ; et comme Kutkuk prohibe l'usage de l'électricité, il faut ressortir les lessiveuses et gaver de braises les fers à repasser en cage ;
  3. lecture psalmodiée de la traduction du KUNI'ALU TIKELUKE (à quelque chose malheur est bon : à raison d'une dizaine de pages chaque jour du mois de TIKUK, rares sont les Babëlèques qui auront l'occasion d'entendre deux fois le même passage du texte sacré dans leur vie) ;
  4. concert vespéral donné par les masques à trompette (concert spirituel, forcément spirituel) ; pour une raison encore inconnue (mais qu'une interprétation-révélation dévoilera le jour venu), la musique du cher Jean-Sébastien est proscrite ; seules sont au programme des œuvres de Haydn et du Chevalier de Saint-Georges pour la période classique, et pour un répertoire plus récent, celles de Kabaselé (alias Grand Kallé ) ou Kosma (quelle Babëlèque peut retenir sa larme quand les masques interprètent, comme finale, LIULÜ KTE'USIAL ?)

Ce mois de Tikuk est attendu avec impatience par quelques SILIKË (nom par lequel se désignent les adeptes les plus zélées de Kutkuk), mais l'immense majorité des Babëlèques s'en tient au minimum syndical, les concerts de trompettes étant le seul moment où la Maisonnette fait plus ou moins le plein. D'ailleurs, nombre de Babëlèques soupçonnent Kutkuk de visées hégémoniques (ou, pour les plus simples, lui accordent le prix de mauvaise camaraderie).

Est-il nécessaire d'ajouter que, pour la famille desservante, ce mois pourrait porter le nom que les Bretons donnent à décembre : miz kerzu, le mois très noir ?



b}   KUTBIUKE

Les divinités se suivent mais ne se ressemblent pas ; en effet, l'ensemble de son enseignement tient dans ce document :

livre3 Essayons de traduire.


---› indication de l'auteur :ÑKA de Kutbiuke ; mais ÑKA peut aussi bien marquer l'origine (directive donnée par K.) que la destination (vers, pour se rapprocher de K.)

---› l'intégralité du message kutbiukéen :
m.-à-m. : ne rendez aucune chose malheureuse ; on pourrait penser à Ne fais de mal à personne, mais ce serait restreindre le sens de TLA, qui désigne aussi bien les animaux et les objets que les êtres humains.

Faut-il s'en étonner ? Le mois de Tibiuke est celui que les enfants préfèrent, et qui voit la plupart des querelles s'apaiser.

C'est aussi un mois de répit pour la famille desservante ; en effet, ce culte ne demande qu'un objet : une sorte de bec Bunsen (pour que l'émanation de Kutbiuke puisse se manifester) ; et il se compose d'un seul rite : un sourire adressé à la flammèche dans les premiers jours du mois et un clin d'œil, au cours de la dernière semaine.


À quelque jour peut-être, KUTLÜ LEKALIÑ.


 
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